L’UQAM
crée un « Réseau de veille en tourisme » qui
sera supervisé par Michel Archambault, titulaire de la Chaire de
tourisme. « Nous aurons une équipe de cinq chercheurs qui
surveilleront en permanence tout ce qui se fait en tourisme dans le monde
: les nouvelles actions de marketing, les tendances, les événements
», explique Michel Archambault. « Ainsi, l’information
ne sera plus traitée et digérée six mois plus tard,
mais nous l’analyserons et nous la diffuserons immédiatement
à tous les intervenants de l’industrie, ce qui devrait leur
permettre de mieux réagir et de mieux s’adapter au contexte
mondial, qui est de plus en plus compétitif. » Le nouveau
réseau bénéficie d’un appui financier sur trois
ans du ministère du Tourisme du Québec et de Développement
économique Canada, qui allouent respectivement des contributions
de 650 000 $ et 900 000 $.
Le réseau sera composé de cinq chercheurs de haut niveau
et dirigé Paul Arseneault, de la Chaire de tourisme. Ils alimenteront
un site Web qui sera continuellement tenu à jour, publieront un
bulletin mensuel, diffuseront des capsules d’informations «
ciblées » et donneront périodiquement des comptes-rendus
et des conférences.
Pourquoi un tel réseau de veille? « La clientèle modifie
ses façons de voyager et le contexte de plus en plus concurrentiel
nous oblige à nous tenir quotidiennement informés de ce
qui se fait chez nous, chez nos voisins et ailleurs dans le monde »,
observait la ministre déléguée au Tourisme du Québec,
Nathalie Normandeau.
Michel Archambault avance l’exemple de l’agence en ligne Expedia,
qui, voici cinq ans ne vendait pratiquement aucune chambre d’hôtel.
« Aujourd’hui, ils vendent 40 000 chambre par jour et, certaines
journées, cela grimpe même à 70 000 chambres. Ce pouvoir
d’achat leur permet de vendre des chambres à de meilleurs
tarifs que les chaînes hôtelières n’en accordent
à leurs bons clients. Ce qui a contraint les grands groupes hôteliers
à réviser leurs stratégies. Mais certains ont tardé
à le faire. Ils auraient certainement réagi plus rapidement
s’ils avaient été conscients du phénomène
plus tôt.»
Paul Arsenault, directeur du nouveau Réseau de veille, renchérit
avec l’exemple des hôteliers qui ont baissé leurs prix
pour stimuler la demande pendant les crises que nous venons de vivre.
« Or, une étude du Centre de recherche en hôtellerie
de l’Université Cornell a démontré que cela
ne servait à rien de baisser les prix », dit le directeur
du nouveau réseau de veille. « Ce sont essentiellement les
gens qui étaient obligé de voyager pour leurs affaires ou
pour d’autres raisons, qui ont continuer à venir. Ils seraient
venus même si les hôteliers n’avaient pas baissé
leurs prix. On leur a donc fait une faveur qu’ils n’avaient
pas sollicitée. Les baisses de prix ont certes attiré une
clientèle supplémentaire, mais c’est une clientèle
qui ne reviendra pas et l’étude de Cornell a établi
que, même si elles ont stimulé les taux d’occupation,
les réductions ont eu un impact négatif sur les résultats
financiers. »
Mais les études sont généralement publiées
plusieurs mois après le début d’un phénomène
de ce type, c’est-à-dire trop tard pour redresser le cap.
« Dans un réseau de veille, les chercheurs surveillent continuellement
ce qui se passe, sans attendre qu’on leur commande une étude
», poursuit Paul Arsenault. « Les études commandées
à des firmes de consultation ou à des centres universitaires
recueillent habituellement l’information auprès d’une
demi-douzaine de sources, alors que, dans un réseau de veille comme
le nôtre, nous avons identifié 400 sites et périodiques
qui seront continuellement scrutés. »
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