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Voyage sur le web: Que reprochez-vous
à Bruce Bishins?
Marc-André
Charlebois : Essentiellement deux choses. D’une part,
il lance des chiffres à tort et à travers, sans les
avoir préalablement vérifiés. Et les journalistes
qui ont repris ses assertions n’ont pas davantage été
se renseigner à la source. Ils n’ont pas contacté
Michael Pepper, président du Travel Industry Council of Ontario
(TICO), l’organisme chargé de gérer l’application
de la loi ontarienne sur l’industrie du voyage. Mais ce qui
m’indigne le plus, c’est qu’il invite les agents
de voyages à faire signer à leurs clients un formulaire
de renonciation. Au Québec, l’APAV a conseillé
la même chose à ses membres. Or, nos avocats sont formels
: un tel formulaire n’aurait aucun effet juridique. Ce sont
les lois qui prévalent et si les lois imputent la responsabilité
financière d’une transaction à l’agence
de voyages, un tribunal ne tiendra compte d’aucun document
de renonciation en cas de contestation. Cette mesure n’aurait
donc aucune conséquence si elle n’avait pour effet
de dissuader les consommateurs d’acheter des billets d’Air
Canada. Bref, elle équivaut à inciter les clients
à se détourner d’Air Canada, donc à pousser
le transporteur plus loin sur le chemin de la faillite, au moment
même où il faudrait faire exactement le contraire.
Ce faisant, les membres de l’industrie ternissent leur image
aux yeux du public.
EV
: De quelle manière? N’est-il pas légitime,
pour une entreprise, de vouloir se protéger?
MAC
: En substance, Bruce Bishins fait savoir aux médias que
l’industrie veut se laver les mains des difficultés
d’Air Canada. Or, ce qu’on attend des agences de voyages,
en tant qu’intermédiaires impartiaux, c’est qu’elles
protègent l’intérêt des consommateurs,
et pas qu’elles se défilent de leurs responsabilités.
L’industrie traverse une période de bouleversements
et de restructurations comme elle n’en a jamais connus. Les
compagnies aériennes sont obligées de redéfinir
leurs façons de faire. Les GDS aussi. Il faut être
à l’écoute de tout cela! Transporteurs, T.O.,
GDS, détaillants... tout le monde doit participer à
la mise au point d’un nouveau modèle d’affaires!
Ce n’est pas en s’isolant dans un coin et en campant
sur de vieilles positions qu’on arrivera à se positionner
au sein d’une industrie du voyage et du transport aérien
moderne!
EV
: Mais la loi est mal faite! N’est-il pas légitime
pour les agences de vouloir se protéger des effets pervers
de la législation?
MAC
: Certes, la loi est mal faite, tant en Ontario qu’au Québec!
La lettre de la loi place tout le poids de la responsabilité
sur les agences. Mais lorsqu’elle a été mise
en place en Ontario, en 1974, l’esprit de la loi impliquait
qu’en cas de défaillance du fournisseur, l’agence
devait restituer les fonds à son client, si elle les avait
encore. On sait que, dans le cas des compagnies aériennes,
notamment, les fonds ne dorment pas longtemps dans le compte de
l’agence. À cet égard, la loi est obsolète
et elle doit être révisée. En attendant, advenant
la faillite du transporteur national, nous, à l’ACTA,
nous sauterions dans l’arène si les gouvernements exerçaient
une pression juridique indue sur les agences. Ce sont les provinces
qui se sont dotées de lois régissant l’industrie.
Or, les gouvernements provinciaux suivent la situation de près
et, dans le cas d’un grand fournisseur comme Air Canada, qui
est régi par une loi fédérale, ils s’attendent
tous à ce que le gouvernement fédéral intervienne
en cas de pépin.
EV
: En attendant, que fait l’ACTA?
MAC
: Nous avons formé un comité, avec TICO, les grossistes,
les associations d’autocaristes et quelques autres, et nous
exerçons des pressions sur le gouvernement fédéral
pour qu’il adopte une loi qui protège les consommateurs
en cas de faillite d’une compagnie aérienne. Les transporteurs
prennent l’argent de clients qui voyageront plusieurs semaines
plus tard et s’en servent pour payer leurs factures de carburant,
les loyers de leurs avions ou les salaires de leurs employés...
Bref, ils s’en servent pour alimenter leurs fonds de roulement.
On ne paie un hôtel qu’à la fin du séjour.
Pourquoi faudrait-il payer les transporteurs des semaines à
l’avance? Nous estimons qu’ils devraient travailler
dans une atmosphère de comptabilité fiduciaire, bref
que les sommes versées par les clients devraient être
protégées jusqu’à leur retour de voyage.
Nous avons déjà déposé un rapport à
cet effet devant le Comité permanent de la Chambre des Communes.
Et nous allons revenir à la charge. Mais on ne fait pas adopter
une loi en quelques semaines. Il va falloir convaincre les gouvernements
provinciaux de nous appuyer pour trouver une solution nationale
à un problème national. Au lieu de faire des déclarations
fracassantes sur la place publique, nous essayons de travailler
à l’élaboration de solutions concrètes.
Les gouvernements nous écoutent parce que nous sommes une
association de stature nationale. Ils travaillent en partenariat
avec nous et cette collaboration se passe en coulisses. Quand personne
ne te veut pour partenaire, tu fais de l’esbrouffe, tu envoies
des lettres ouvertes et tu fais des déclarations fracassantes
sur la place publique. C’est ce que font l’APAV et CSTAR.
Mais leurs déclarations et leurs actions sont souvent le
reflet de luttes d’arrière-garde.
EV
: Par exemple?
MAC
: Ils ont fait beaucoup de bruit quand l’IATA a prôné
l’élimination des billets de papier. Or, ce sont les
petites agences, qui n’ont pas vu ou qui n’ont pas voulu
voir venir le changement, qui s’accrochent aux billets de
papier. C’est une lutte d’arrière-garde. L’élimination
définitive du billet de papier est une question de mois.
Nous aussi, à l’ACTA, nous avons dans nos rangs des
petites agences qui s’alarment. Mais nous savons qu’on
ne peut pas lutter contre ce qui est un progrès indéniable.
Alors, plutôt que de mener une lutte d’arrière-garde,
nous essayons d’aider nos membres qui le désirent à
sauter le pas. Nous ne leur racontons pas d’histoires. Nous
leur disons qu’il faut transformer nos façons de faire
ou disparaître. Mais nous les accompagnons pour les aider
à faire la transition.
EV
: Mais les compagnies aériennes ne font pas que moderniser
leurs façons de faire : elles coupent les commissions, lancent
des sites Internet réservés à la vente en direct,
elles essaient d’écarter les agences du processus de
distribution... Que fait l’ACTA?
MAC
: L’ACTA travaille à des projets de fonds. Elle essaie
d’établir de nouvelles bases solides pour renouveler
le partenariat entre agences et fournisseurs. Nos actions ne sont
pas spectaculaires, parce que tout se passe en coulisses. Mais nous
agissons. Les gens de CSTAR n’agissent pas. Ils font de l’obstruction.
Ils attaquent le gouvernement, l’IATA, les compagnies aériennes...
C’est spectaculaire, mais ce n’est pas constructif.
Ils nous font des reproches parce que nous nous asseyons avec la
direction d’Air Canada une fois par mois. Mais nous n’avons
pas coupé les ponts et nous en tirons des avantages. C’est
grâce à nos conseils que le site Web d’Air Canada
destiné aux agences est devenu plus facile à utiliser
et c’est grâce à nous que les agences ont accès
aux « tarifs Web ». Bruce Bishins a intenté des
poursuites contre Air Canada au nom de CSTAR. Pensez-vous que c’est
constructif?
EV
: Mais les recours devant les tribunaux donnent des résultats!
Lufthansa vient de proposer un règlement hors cour, dans
l’affaire Sarah Hall, aux États-Unis...
MAC
: Oui, il faut parfois recourir aux tribunaux. Ainsi, nous avons
déposé une plainte au ministère des Transports
contre Destina.ca. Mais lorsque nous pensons qu’on peut obtenir
des résultats d’une autre manière, nous préférons
discuter en coulisses.
EV
: L’ACTA et le tandem CSTAR/APAV se livrent à des guerres
de mots sur la place publique, du moins dans les médias de
l’industrie. N’est-ce pas stérile?
MAC
: Je ne veux pas que nous nous entredéchirions en public.
Ce serait effectivement stérile. Mais lorsque les choses
vont trop loin, je me sens obligé d’intervenir. Cette
fois, les choses ont été trop loin. Bruce Bishins
a fait des déclarations qui ont été reprises
par plusieurs grands quotidiens nationaux, notamment The Gazette,
The Ottawa Citizen et La Presse. Ces déclarations donnent
de notre industrie une image déplorable. Comme professionnels,
nous avons la responsabilité de défendre les intérêts
du client. Pas de nous défiler en proclamant que nous nous
en lavons les mains! Les clients savent qu’Air Canada éprouve
des problèmes. Pourquoi ajouter de l’huile sur le feu
ave une formule de renonciation qui, de toutes manières,
n’a aucune valeur juridique? Aux États-Unis, plusieurs
transporteurs se sont placés sous la protection de la loi
sur la faillite et plusieurs ont réussi leur restructuration.
United, notamment! Air Canada est, non seulement un partenaire,
c’est notre principal partenaire. Devons-nous lui faire un
croc en jambe au vu et au su de l’opinion publique?
EV
: Pensez-vous que le gouvernement canadien interviendra si les choses
tournent mal?
MAC
: Je ne suis pas en position de répondre à cela. Mais
je peux poser une question : un gouvernement peut-il accepter les
répercutions terribles que la disparition du transporteur
national aurait sur l’économie du pays?
Réagissez
aux déclarations de Marc-André Charlebois sur le Forum
de Logimonde.com , en répondant à la question
: pensez-vous que les agents de voyages doivent soutenir
Air Canada dans son processus de restructuration?
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