magazine voyage

10 février 2004

Toronto tire les leçons de la crise du SRAS
- par André Désiront

Selon une étude publiée en novembre par le magazine Conde Nast Traveler, des épidémies comme le SRAS incitent 80% des gens à différer ou à annuler leur voyage dans la région affectée. C’est davantage que les craintes suscitées par le déclenchement d’une guerre comme le conflit en Irak (75%), que des actes terroristes ou des mauvaises conditions climatiques. La crise du SRAS a causé des dommages sévères à l’industrie torontoise du tourisme : 600 millions $ de recettes, 12 000 emplois, neuf congrès majeurs et 300 000 nuitées hôtelières à la suite d’annulations de congrès et de réunions d’affaires. « Et nous n’avons pas fini de récupérer, puisque les séquelles devraient se traduire par une autre perte de l’ordre de 300 millions $, cette année », expliquait Bruce MacMillan, président-directeur général du Toronto Convention and Visitors Association, qui s’adressait mardi dernier à des représentant de l’industrie conviés à un des « Geuletons touristiques » mensuels de la Chaire de tourisme de l’UQAM.

La crise a également affecté Montréal, puisque, comme le faisait remarquer Charles Lapointe, président de Tourisme Montréal, la majorité des touristes européens ou asiatiques qui visitent la métropole québécoise, passent également par Toronto. À Toronto, on a tiré les leçons de l’expérience et on estime désormais mieux être en mesure de faire face aux crises qui affectent le tourisme.

Selon Bruce MacMillan, les touristes qui s’aventuraient à Toronto n’avaient aucune chance de contracter la pneumonie atypique. « Il n’y a jamais eu d’épidémie chez nous, puisque les cas de SRAS recensés étaient, soit le fait de gens qui rentraient de Hong-Kong ou de Chine, soit strictement circonscrits aux milieux hospitaliers », observait le président du Toronto Convention and Visitors Association. C’est l’amplification que les médias ont réservée à l’événement qui aurait déclenché la crise qui, de mai à juillet, a fait chuter les taux d’occupation hôteliers à 42% ou 43%, alors qu’ils évoluent normalement au-dessus de la barre des 70% pendant cette période de l’année. Le concert des Rolling Stones, qui a attiré 490 000 spectateurs et a été diffusé dans le monde entier, a été l’élément déclencheur qui a remis Toronto sur la carte.

Les autorités torontoises estiment qu’elles sont désormais mieux préparées à affronter des crises. L’essentiel est de mobiliser les différents acteurs impliqués, d’admettre qu’il y a une crise et d’avoir une stratégie de communication efficace pour limiter les dégâts.

Un autre conférencier invité à ce Geuleton touristique, Yves Dupré, président de la firme de relations publiques BDDS Weber Shandwick, a fait état d’une recherche de l’Institute of crisis management, de Londres, qui indique que 35% des crises survenues pendant les années 90 étaient prévisibles et que 65% ont pour origine la négligence ou l’inaction des autorités. Ce qui s’applique très bien à la façon dont les autorités chinoises ont tenté de dissimuler leurs cas de pneumonies atypiques, l’an dernier, avant d’admettre que le pays était affecté.


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