| C’est probablement
aux Chinois qu’on devra la mise en place d’une liaison directe
entre Montréal et Tunis. Tunisair, la compagnie nationale de Tunisie,
se prépare à acquérir (en leasing) deux Boeing 767
pour desservir la Chine, principal marché dit «en émergence»
du bassin méditerranéen.
Or, le transporteur aura besoin d’une route complémentaire
pour rentabiliser les appareils et il semble que le choix se soit porté
sur Montréal. Le service, qui serait assuré deux fois par
semaine, débuterait en juillet. La commercialisation de la desserte
au Canada ne mettra pas seulement l’accent sur la Tunisie, en tant
que destination touristique. Elle insistera sur la commodité de choisir
Tunis comme plaque tournante pour Beyrouth et la péninsule arabique,
ceci, afin d’attirer une masse critique de clients d’affaires.
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| Khaled Cheikh, directeur du marketing et des communications de l’Office
national tunisien du tourisme (ONTT) |
Comme beaucoup d’autres destinations du bassin méditerranéen,
la Tunisie surveille attentivement le marché chinois, où une
importante proportion de la population qui s’est enrichie grâce
à la libéralisation de l’économie, est avide
de voyages. La Russie fournit un exemple édifiant en la matière.
En 2003, environ 100 000 Russes – dont une bonne partie est composée
par ces «nouveaux riches» de plus en plus présents dans
les grandes destinations touristiques – ont visité la Tunisie.
«Nous estimons qu’ils seront 500 000 dans cinq ans, soit à
peu près autant que les Allemands», remarque Khaled Cheikh,
directeur du marketing et des communications de l’Office national
tunisien du tourisme (ONTT). En ce qui concerne les Chinois, le gouvernement
de Beijing attribue des visas de sortie en fonction d’un système
de quotas. Le quota fixé pour la destination «Tunisie»
est de 50 000 et en vertu des ententes, Tunisair devrait partager le gâteau
avec une compagnie chinoise. Si la liaison Tunis/Montréal est sérieusement
envisagée comme route complémentaire pour rentabiliser les
deux B-767 qui seront achetés pour desservir Shanghai, Beijing et
autres, ce n’est pas tant à cause de la taille du marché
québécois : environ 15 000 touristes par an, actuellement.
C’est parce qu’il s’agit d’un marché intéressant.
En effet, les Canadiens (Québécois en majorité) sont
responsables de 180 000 nuitées, soit 12 nuits de séjour en
moyenne. À titre de comparaison on notera que les 15 000 touristes
américains (eh oui, le même nombre!) séjournent trois
fois moins longtemps (3,8 nuits) dans le pays. En plus, la majorité
des Canadiens séjournent dans le pays entre novembre et avril, alors
que les hôtels travaillent avec des taux d’occupation variant
entre 30% et 60%, puisque c’est surtout comme destination de «longs
séjours d'hiver» que la Tunisie s’est imposée
sur notre marché.
La compagnie aérienne tunisienne avait mené des études
portant sur le lancement d’une liaison aérienne entre Tunis
et Montréal et le projet était bien avancé lorsque
les attentats du 11 septembre ont fait avorter le projet. Vers la même
époque, des pourparlers avaient également cours avec Air
Transat qui envisageait la mise en place d’une desserte Montréal/Bruxelles/Tunis.
Cette liaison aurait pu s’avérer rentable si le transporteur
avait obtenu un droit de cinquième liberté entre Bruxelles
et Tunis. Là aussi, le 11 septembre a tout remis en question.
La Tunisie accueille annuellement 5 millions de touristes. Deux millions
viennent des pays du Maghreb (surtout d’Algérie et de Lybie)
et 3 millions d’Europe. Les Français, les Britanniques, les
Allemands et les Italiens sont les plus nombreux, mais le tourisme en provenance
des pays d’Europe de l’Est a littéralement explosé
ces dernières années, avec 100 000 Russes,
80 000 Polonais, 80 000 Tchèques et 59 000 Hongrois. |