-
par André Désiront -
Unifier
pour régner : c’est un peu le message que la
direction de Consultour lance à ses membres, dans le
cadre du congrès Club Voyages, qui se déroule,
cette fin de semaine, à Trois-Rivières. Les
marques Tourbec et Inter Voyages disparaissent pour laisser
toute la place à l’enseigne Club Voyages. Philippe
Sureau, vice-président exécutif de Transat A.T.
et président de Consultour/Club Voyages explique qu’une
marque forte vaut mieux que trois marques qui le sont moins.
Express Voyages sur le web : Pourquoi avez-vous
pris la décision de faire disparaître les marques
Tourbec et Inter Voyage pour intégrer les agences au
sein de la marque « Club Voyages »?
 |
Philippe
Sureau, Président de Consultour /Club Voyages |
Philippe
Sureau : Parce que nous avons réalisé
qu’une cacophonie régnait dans notre réseau
de distribution : Tourbec, Club Voyages, Travel Plus, Exit,
Inter Voyage... Cela faisait beaucoup de marques pour un marché
relativement petit. La taille du marché québécois
justifiait-elle le maintien de trois marques? Nous avons estimé
que non. Cela entraînait des coûts trop élevés
au niveau du marketing. Les études nous ont démontré
qu’aucune marque n’occupait une position dominante
sur le marché. Comme nous voudrions en imposer une,
nous avons estimé qu’il fallait cesser de disperser
nos efforts. Nous avons choisi « Club Voyages »
parce que, même si ce n’est pas un joueur dominant,
il est plus connu que les autres. Les Inter Voyage et les
Tourbec deviendront donc des Clubs Voyages. Pas tous, pour
des questions de territoire! En fait, il y en a une dizaine
que nous ne pouvions intégrer au réseau Club
Voyages. Certains d’entre-eux sont devenus membres du
réseau En Liberté.
EV
: Comment cela va-t-il se décomposer?
PS
: Avant le remaniement, nous avions 80 Club Voyages, 30 Vacances
Tourbec, 9 Inter Voyages et 52 Voyages En Liberté.
Depuis le 1er août, nous nous retrouvons avec 106 Club
Voyages et 59 Voyages En Liberté. Cela nous a amenés
à réviser la politique de redevances qui n’avait
pas évolué depuis sa mise en place, voici 20
ans. L’ancien système était un peu opaque.
Il y aura désormais un montant de base proportionnel
au volume de transactions de l’agence. Plus de pourcentage,
mais une échelle de redevances! Nous serons concurrentiels
par rapport aux autres réseaux. Nous demanderons aussi
une contribution annuelle de 1000 $ pour le marketing national,
ainsi qu’un montant de 5000 $ pour le marketing régional
à Montréal et à Québec. Dans les
régions, nous offrirons une aide en espérant
que les agences suivront. Entre autres atouts, nous sommes
le seul réseau canadien à détenir une
entente avec Air Miles, ce qui nous permet d’être
partie prenante de leur marketing national.
EV
: Comment vos membres ont-ils réagi à ce quasi
bouleversement?
PS
: Chantal Barbeau et moi sommes allés les rencontrer
tous, individuellement. Jusqu’ici, nous le faisions
collectivement dans le cadre de congrès ou d’autres
types de réunions. Cette fois, nous sommes allés
les voir dans leurs agences. C’était une manière
de leur faire savoir que nous nous rapprochions des gens présents
sur le terrain et que nous n’étions pas le géant
Transat qui possède les petits Club Voyages. Nous avons
des intérêts communs et, en tant que franchiseur,
nous sommes à leur service. Pour que Transat réussisse,
il faut qu’eux réussissent. Cela dit, je pense
que les agences qui ont de l’avenir sont celles qui
se rapprochent d’un producteur important. Cela leur
ménage un accès à des inventaires et
à des inventaires dédiés.
EV
: Quels sont vos objectifs pour l’année courante?
PS
: Donner une nouvelle impulsion au réseau en termes
de marketing et offrir aux franchisés un forfait d’affaires
qui leur permette d’accéder à une structure
de revenus plus moderne.
EV
: Considérez-vous qu’il y a trop d’agences
au Québec?
PS
: Au Canada, une agence dessert 6000 habitants. Aux États-Unis,
il y a une agence pour 23 000 habitants et en France, une
pour 15 000 habitants. Alors, la réponse est simple
: ou bien il y a trop d’agences chez nous, ou bien il
n’y a pas assez d’habitants.
EV
: Combien d’agences déployez-vous, maintenant,
au Canada anglais?
PS
: Nous en sommes à 45. Nous sommes satisfaits d’avoir
doté le réseau d’une nouvelle image de
marque, avec, notamment, des couleurs qui font le lien entre
Travel Plus et la marque Club Voyages, au Québec. Nous
avons mis en place une force de ventes, avec Jean-Claude Girard
et Don Powell, en Ontario, et John Brand, en Colombie britannique.
Tous les éléments du cocktail y sont, mais nous
n’avons peut-être pas encore le bon dosage, parce
que nous aimerions déployer au Canada anglais un réseau
beaucoup plus important.
EV
: Et en France?
PS
: Nous en sommes toujours à 63 agences. Le marché
est difficile. D’après les chiffres du SNAV (NDLR
: Syndicat national des agents de voyages), la demande globale
a baissé de 10%, là-bas.
EV
: Êtes-vous toujours satisfaits d’avoir acheté
un gros réseau d’agences, dans un contexte où
les modes de distribution sont en train d’évoluer?
PS
: Oui. D’abord parce que le contrôle d’un
réseau de distribution nous assure un accès
privilégié au marché canadien et, à
long terme, je pense que c’est important. On ne peut
pas se fier aux ententes ponctuelles qui peuvent toujours
être dénoncées par une des parties. D’autre
part, il est très important de savoir ce que le consommateur
pense et comment il réagit. Pourquoi choisit-il de
continuer à s’approvisionner dans les agences,
alors que, depuis plusieurs années, différents
joueurs exercent des pressions pour qu’il devienne plus
autonome? En achetant en direct ou sur le Web, par exemple!
Nous avons discuté de cette question à l’interne
et nous avons fait des sondages, tout cela pour nous rendre
compte qu’Internet joue un rôle très important
pour permettre au consommateur d’explorer l’univers
des possibilités et de se forger une opinion. Par contre,
il l’innonde de réponses sans lui fournir de
critères d’évaluation. Et trop d’informations
ne valent pas mieux que trop peu, si on n’est pas capable
de la trier. De ces constatations, nous avons conclu que l’agent
de voyages avait un nouveau rôle à jouer. Un
rôle d’expert. Il ne doit pas se battre contre
Internet, mais démontrer aux consommateurs qu’il
est capable de mieux s’en servir que lui.
EV
: Cela induit donc qu’il doit développer un nouveau
type de relation avec le consommateur...
PS
: Il doit lui donner ce qu’Internet ne lui fournit pas
: la relation de confiance. Ce produit est-il un bon produit?
Ce fournisseur est-il sérieux? À l’agent
de voyages de fournir les réponses! Mais cela doit
se faire dans un environnement moderne. Nous avons mis au
point un site transactionnel, Clubvoyages.com , qui deviendra
Clubvoyages.ca, parce que nous voulons que les clients sachent
qu’ils traitent avec un site canadien. Le client pourra
faire sa recherche et les transactions seront centralisées.
Le site sera appuyé par un centre d’appels opérationnel
sept jours par semaine de 9h à 21h. Et la vente sera
attribuée à une agence que nous demanderons
au client de choisir. À partir de ce site « mère
», il y aura des « baby sites » qui permettront
à chaque agence d’exprimer leur personnalité.
Il y aura des suivis électroniques », par exemple
pour rappeler que le client détient une option et qu’il
est temps qu’il verse un dépôt.
EV
: Actuellement, quel est le pourcentage des ventes réalisées
sur le Net, chez Transat?
PS
: Cela reste minime. Le Net reste un « info-médiaire
», c’est-à-dire un médium qui fournit
de l’information et qui facilite la transaction. Le
consommateur se rend presque jusqu’au processus d’achat.
Mais il ne franchit pas le pas. Il a besoin de l’intermédiaire
humain. On le comprend, parce que nous sommes un peu dans
la période « Far West » de l’Internet.
Le meilleur et le pire s’y côtoient et le rôle
de l’agent de voyages est de réintroduire le
niveau de confiance.