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18 août 2003


ENTREVUE EXCLUSIVE POUR EXPRESS VOYAGE SUR LE WEB DANIEL GODBOUT, PRÉSIDENT DE VACANCES AIR TRANSAT :
LA SAISON D’HIVER DU PLUS GROS VOYAGISTE QUÉBÉCOIS
- par André Désiront -

Une nouvelle destination – Turk & Caicos; un retour au Venezuela, à Ixtapa, Manzanillo et dans les Antilles françaises; une Riviera Maya où les complexes hôteliers deviennent de plus en plus gros, mais qui gagnent toujours en popularité... à l’occasion du lancement de la nouvelle brochure d’hiver de Vacances Air Transat, Express Voyages sur le Web a demandé à Daniel Godbout, président du grossiste, de brosser un portrait de ce que sera la prochaine saison d’hiver.

Express Voyages sur le web : Quelles sont les différences entre le programme de l’hiver 2003/2004 et celui de l’an dernier?

Daniel Godbout, président Vacances Air Transat

Daniel Godbout : Précisons, tout d’abord, que nous commercialiserons sensiblement la même capacité : 150 000 sièges, au Québec, entre le 1er novembre et la fin d’avril. Cela, sur un inventaire total de 450 000 sièges pour l’ensemble du Canada. En ce qui concerne les destinations, nous lançons une nouveauté : Turk & Caicos, où nous avons conclu une entente avec un hôtel qui correspond à nos critères : le Allegro Turk Caicos. La destination ne figure pas dans la brochure, mais nous en ferons la promotion. Pour le reste, nous revenons à Margarita, que nous avions dû abandonner l’an dernier, à cause de la crise politique qui sévissait au Venezuela. Nous revenons également à Ixtapa, à Manzanillo et dans les Antilles françaises. Nous avions abandonné ces trois dernières destinations pour des questions de produits : nous n’y avions pas accès à un nombre de chambres de qualité en quantité suffisante. À Ixtapa, nous venons de signer une entente avec la chaîne Melia, pour qui, incidemment, nous sommes le plus gros producteur mondial. Elle nous permettra de commercialiser le seul « cinq étoiles » de la station, le tout nouveau Melia Azul. À Manzanillo, nous retournons au Carmina Palace. Nous avions abandonné la destination parce que nous n’étions pas satisfaits des conditions qu’ils nous accordaient. Mais ils ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas se passer de la clientèle canadienne et les choses se sont arrangées. Quant aux Antilles françaises où, depuis deux ans, nous n’offrions plus d’hôtel, nous recommençons à y commercialiser des forfaits, parce que la chaîne Accor, avec qui nous travaillons de plus en plus en Europe, nous a garanti un accès à un inventaire suffisant.

EV : La question des inventaires hôtelier semble être cruciale!

DG : Elle l’est! Nous exploitons des vols au départ de 18 villes canadiennes, soit deux de plus que l’an dernier, puisque nous volons maintenant au départ de Kelowna et de Hamilton. Alors cela nous prend au moins un inventaire de 150 chambres dans une propriété pour pouvoir satisfaire la demande émanant de ces 18 marchés. Idéalement, un hôtelier doit pouvoir nous garantir entre 200 et 250 chambres pour que nous puissions mettre l’accent sur sa propriété dans nos brochures.

EV : Et à Québec? Y exploiterez-vous plus de vols que l’an dernier?

DG : Un de plus. Nous gardons les mêmes destinations et nous ajoutons un vol vers Holguin. Ce qui donnera six vols par semaine, sept, en comptant le vol pour la Floride.

EV : Pourquoi Holguin? Est-ce vraiment une destinations « porteuse »?

DG : Elle est en train de le devenir parce qu’on a construit des nouvelles propriétés d’excellente qualité, particulièrement à Guardalavaca.

EV : Y a-t-il des destinations en perte de vitesse?

DG : Acapulco. Depuis qu’on a construit l’autoroute qui relie la station à Mexico, la clientèle mexicaine afflue. Comme elle est moins difficile, le parc hôtelier n’est pas rénové, ce qui déplaît à nos clients. Las Vegas souffre également, pour d’autres raisons. C’était un marché de joueurs. Les hôtels louaient leurs chambres à bon marché pour attirer les joueurs dans leurs casinos. La ville a essayé de se repositionner comme destination familiale. Aujourd’hui, les gens y vont pour les spectacles et « le » spectacle de la rue et des grands hôtels extravagants qu’on y a construits. Mais ces nouveaux hôtels, qui ont coûté cher, sont obligés de louer leurs chambres plus cher, parce que la nouvelle clientèle flambe moins d’argent dans leurs casinos. Cela a un effet dissuasif sur la demande. Et, avec les casinos qui ont poussé comme des champignons dans toute l’Amérique du Nord, les joueurs ont d’autres choix que Vegas. La demande pour Hawaii a également baissé, notamment parce que les tarifs hôteliers ont grimpé en flèche. Mais cela nous affecte surtout dans l’Ouest canadien.

EV : La Riviera Maya restera-t-elle aussi populaire que l’an dernier?

DG : Elle le deviendra encore davantage. On y construit d’énormes complexes hôteliers d’une qualité exceptionnelle. Ce qui ne nous a pas évité, l’an dernier, d’avoir à faire face à un manque de chambres sérieux en février et en mars! L’offre suit à peine la demande. Ils construisent maintenant des complexes de 1500, voire 1800 chambres. C’est tellement gros que nous leur demandons de construire des annexes un peu en retrait, pour loger nos clients. Ce qui leur évite de se sentir perdu dans une immense complexe! Nous avons contracté une entente avec le Bahia Principe Akumal, qui a aménagé une annexe de 450 chambres pour nous. Nous en occupons 400 et ils revendent le reste à d’autres T.O. Nous avons fait la même chose avec le Colonial Fiesta. Ils ont construit deux sections et nous en mobilisons une. Les consommateurs aiment bénéficier des services d’un hôtel de 1500 chambres, où ils trouvent, notamment un bon nombre de restaurants « à la carte ». Même si les buffets se sont considérablement améliorés, les gens adorent les restaurants « à la carte ». En une semaine, ils ne mangent pas plus de deux soirs au buffet. En même temps, ils préfèrent l’intimité d’un plus petit complexe. Nous résolvons cette contradiction en réservant des sections situées un peu en retrait.

EV : Pour en revenir à Québec, ne craignez-vous pas l’arrivée du nouveau grossiste que se prépare à lancer le groupe de Michel Mordret?

DG : La capacité est limitée à Québec, mais nous y bénéficions d’une bonne réputation. Nous y avons toujours assuré une forte présence. Ils tiennent beaucoup à disposer de vols au départ de leur aéroport et je me suis impliqué personnellement pour donner l’assurance que nous ne les délaisserions pas. Nous sommes à l’écoute des gens. Ils nous demandent d’introduire des nouveautés. L’an dernier, nous y avons lancé un vol pour Cancun. Cette année, ce sera Holguin/Guardalavaca. Ils nous ont demandé d’améliorer nos horaires. Nous leur donnons des vols pendant la fin de semaine et nous maintenons la liaison vers Paris, cet hiver. Alors, je ne vois pas pourquoi nous devrions y craindre plus qu’ailleurs l’arrivée d’un nouveau concurrent.

EV : Anticipez-vous une bonne saison?

DG : Nous sommes très optimistes. Nous traitons déjà une forte demande pour les groupes, ce qui est un bon signe, car les groupes ne voyagent que dans un contexte sécuritaire. Si aucune catastrophe ne nous tombe dessus d’ici le mois de novembre, nous devrions connaître une excellente saison. Tous les ingrédients sont réunis. Y compris les conditions climatiques. Beaucoup de gens qui ont pris leurs vacances au Québec, cet été, vont vouloir voir le soleil. Il y a une menace de récession aux États-Unis, mais si elle se précise, c’est à plus long terme qu’on en ressentira les effets.

EV : Le marché de dernière minute prend-t-il trop d’importance?

DG : Nous prenons les mesures pour juguler le phénomène, notamment en sortant des préliminaires pour inciter les gens à réserver d’avance les bonnes propriétés. Dans l’Ouest canadien, nous avons publié, en février dernier, une brochure préliminaire pour l’hiver prochain. Elle répertoriait une trentaine de produits clés.

EV : La tendance au « dernière minute » est-elle plus accentuée dans l’Ouest?

DG : Environ 20% des consommateurs y réservent dans un délai de moins de 14 jours avant le départ. Ce qui est sensiblement la même proportion qu’au Québec. En Ontario, le marché de dernière minute porte sur 35% à 40% de nos ventes. Ce n’est pas un hasard, si on trouve beaucoup plus de « discounters » là-bas. Par contre le Québec ressemble davantage à l’Ontario en ce qui concerne la durée des séjours. Ici, comme en Ontario, 85% de nos ventes portent sur des séjours d’une semaine. Dans l’Ouest, 50% des clients achètent un forfait de deux semaines.

EV : Vous ne songez toujours pas à lancer des forfaits de trois et quatre jours?

DG : Le sujet est à la mode, mais chaque tentative que nous faisons en ce sens échoue. Lorsqu’on leur demande 899 $ pour un forfait de trois jours, les consommateurs pensent que nous essayons de les flouer. Mais l’avion nous coûte au bas mot 600 $, en incluant les taxes! Le phénomène des courts séjours est populaire aux États-Unis pour deux bonnes raisons. La première, c’est qu’il n’existe là-bas aucune obligation légale pour les employeurs d’accorder des vacances. La coutume veut qu’on accorde deux semaines, mais beaucoup de compagnies empêchent leurs cadres ou leurs employés clés de partir plus de trois ou quatre jours d’affilée. L’autre raison, c’est qu’une bonne moitié de la population américaine habite à une ou deux heures de vol de certaines destinations soleil. Les gens de Floride n’ont que 20 minutes de vol pour se rendre aux Bahamas. Cancun n’est qu’à une heure de vol du Texas, de la Floride, de la Louisiane et de plusieurs autres États américains. Cela réduit sensiblement les coûts et la durée des déplacements. Le concept des forfaits courts n’est pas adapté à la réalité canadienne, sauf pour une portion de la clientèle haut de gamme. L’avocat qui ne dispose que de quatre jours entre deux procès ne regarde pas trop à la dépense pour aller refaire le plein d’énergie au soleil.

EV : La vogue du « tout inclus » se maintiendra-t-elle à long terme?

DG : Oui, mais avec des modifications. L’an dernier, nous avons testé une nouvelle formule avec un hôtel de Saint-Martin. Dans un des établissements exploités en « tout inclus », nous avons offert aux clients de souper trois fois dans différents restaurants de la ville. Ils avaient également droit à trois jours de location de voiture. Comme cela a eu du succès, cette année, nous testons la formule avec deux hôtels.

EV : Après la fermeture d’Americanada, vous êtes devenu un gros joueur dans le marché des croisières...

DG : Le plus gros. Nous employons 26 personnes au centre d’appels localisé à Montréal et nous représentons sept compagnies de croisières, dont Carnival, Royal Caribbean, NCL, Costa, Holland America, Celebrity... Nous avons des blocs de 75 ou 100 cabines sur certains paquebots. Notamment sur le Carnival Jubilee et le Costa Classica, tous deux au départ de La Romana. Nous devrions traiter 45 000 passagers-croisières cet hiver. Et nous allons progresser au cours des prochaines années. Pour remplir les cabines, il faut disposer de sièges d’avion. C’est ce qui fait la force d’un groupe intégré comme Transat : nous avons la possibilité de choisir où déployer nos avions.


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