magazine voyage


18 décembre 2003


LUXE ET EXTRAVAGANCE FAISAIENT BON MÉNAGE
AU 2ème ILTM DE CANNES

par André Désiront

Le forfait le plus cher du monde est le voyage dans l’espace proposé par le premier « T.O. de l’espace », la compagnie suédoise MirCorp, en collaboration avec l’agence spatiale russe. Initiation à la formule 1, croisières en brise glace au pôle nord, yachts pour les réunions intimes de 50 personnes, îles privées… on trouvait de tout à ce second International Luxury Travel Market, qui avait lieu au Palais des festivals de Cannes, du 9 au 11 décembre derniers. Et la quinzaine d’acheteurs venus du Québec ou de l’Ontario, n’avaient aucune difficulté à remplir leur panier de Noël.

Elles étaient toutes représentées au ILTM, les chaînes, grandes ou petites, de l’hôtellerie de grand luxe. Les plus connues comme Leading Hotels of the World, Small Luxury Hotels of the World, The Charming Hotels, Great Hotels of the World, Mandarin Oriental Group, sans oublier les marques françaises comme Sofitel, Concorde, Relais & Châteaux, Grandes Étapes Françaises… Les plus confidentielles comme Six Senses Hotels Resorts & Spas, One&Only Resorts, Baglioni, Jumeirah International… Mais trouvez-moi un milliardaire qui se respecte qui veuille encore descendre à l’hôtel, de nos jours! « La tendance est aux villas », observe Francine Prud’homme, directrice pour le Québec et Ottawa de Attaché, l’agence de voyages des « happy few » canadiens. Pourquoi, en effet, supporter la promiscuité (on rencontre toutes sorte de monde, même des fonctionnaires de Revenu Québec, dans les « cinq étoiles »!), quand on peut se retrouver entre amis dans une grande villa blottie loin des regards indiscrets, dans une île privée. Juste avant de quitter Montréal, Francine Prud’homme, venait de vendre un séjour de deux semaines pendant le temps des fêtes, dans une villa de Jumby Bay (une île privée voisine d’Antigua) à des clients québécois pour la modeste somme de 200 000 $ US. Lorsque je l’ai croisée dans les allées du ILTM, elle quittait un fournisseur représentant un lotissement de villas de la région de Mombassa, au Kenya (une aubaine : 350 $ US par jour pour deux chambres à coucher, avec une demi-douzaine de domestiques!) et se dirigeait vers le stand de Sanctuary Lodges, une organisation qui exploite des « refuges » de grand luxe au Botswana.

À propos de villas
Naturellement, Francine Prud’homme connaît bien John Greer, le président de Unusual Villas and Island Rentals, une société de Richmond en Virgine. Même si le magazine Fortune classe son entreprise parmi « les 25 meilleures compagnies de location de villas du monde », John n’en fait pas tout un plat. Il occupait un des stands les plus modestes et les plus discrets du ILTM. Pourtant, ses produits comptent parmi les plus onéreux de cette foire commerciale où le terme « bargain » est un mot vulgaire. Sa propriété-vedette est une villa de 11 chambres à Musha Cay, une île privée de l’archipel des Exuma, aux Bahamas. Elle est desservie par un personnel de 30 membres, ce qui inclut l’équipe chargée de la sécurité et les majordomes affectés à chaque chambre. Les coûts de location – 340 000 $ US par semaine – n’incluent pas l’avion (on atterrit à Great Exuma, à 20 milles au sud de l’îlot, en jet privé, ça fait meilleur genre) mais bien le transfert avec un des huit bateaux affectés à la propriété.
Conscient de la fragilité des marchés boursiers et de la mauvaise tenue du dollar (« Le marché américain n’est plus ce qu’il était, mais heureusement, j’ai de bons clients en Europe, au Mexique, à Toronto et à Montréal! »), John me propose des propriétés plus modestes, comme ce domaine de cinq acres, qui vaut 36 millions $, flanqué d’une plage privée de 3000 pieds, à Plum Bay, dans la partie néerlandaise de Saint-Martin. Elle dispose de neuf chambres et se loue 90 000 $ US par semaine. « La chambre des maîtres « fait » 1500 pieds carrés et le personnel de sécurité est dirigé par un ancien des services secrets américains », explique John Greer. « La table de la salle à manger, une pièce façonnée par un ébéniste florentin, mesure 30 pieds. »

Ils veulent me mener en bateau
Je suis persuadé qu’elle aurait belle allure dans la salle à manger du rafiot que me propose Timothy R. B. Clark, le jeune patron de Yachting Partners Int., un courtier de Brighton, dans le Sussex (avec succursale à Antibes), qui commercialise en charters une flotte d’une quarantaine de yachts de luxe, pour réunions intimes (26 mètres) ou familles plus nombreuses (99 mètres). Les modèles « médiums » qui conviendraient parfaitement pour ma sauterie d’anniversaire (mon cercle rapproché, une trentaine d’amis!) se loue entre 300 000 $ et 500 000 $US pour la semaine. Vu la cure d’amaigrissement que les hoquets de l’économie viennent d’infliger à mon portefeuille de REER, je préfère délaisser le « sur mesure » pour le prêt-à-porter, tel que me l’offre Bob Lepisto, vice-président ventes et marketing de Seadream Yacht Club. Cette petite compagnie de croisières « cinq étoiles » exploite deux « tout inclus » flottants de 4300 tonneaux, d’une capacité de 110 passagers. « Nous sommes des hôtels boutiques maritimes », explique Bob Lepisto, pendant une présentation donnée dans un salon-terrasse du Noga Hilton, au profit d’une soixantaine d’acheteurs triés sur le volet. Berlitz classe le Seadream I et le Seadream II comme « deuxième et troisième meilleurs navires de croisière au monde », juste derrière l’Europa, de la compagnie Europa Cruises. Les tarifs sont raisonnables : entre 3000 $ et 8000 $ US pour une croisière d’une semaine dans les Caraïbes (au tarif « réservez-tôt ») et entre 3500 $ et 10 000 $ en Méditerranée. Près de la moitié des départs (45%) affrétés par des compagnies spécialisées dans le voyage de motivation.

Karine Tricon et son assistante devant le prototype de Formule 1 de l’écurie AGS, au ILTM.
Francine Prud’homme, de Voyages Attaché, à Montréal, essaie le fauteuil-lit de la Première classe d’Air France, exposé sous le chapiteau de la Maison de la France, au ILTM.

Des expériences exceptionnelles
Car les spécialistes de « l’incentive » sont venus en force à ce Salon international du voyage de luxe. « Une bonne agence d’incentive doit être en mesure de faire vivre à ses clients une expérience exceptionnelle et, pour nous, un salon comme celui-ci est une bénédiction, parce qu’il nous permet de rencontrer plusieurs dizaines de fournisseurs de produits exceptionnels, dans un court laps de temps », explique Heather Douglas, acheteuse chez Maritz Canada, à Missisauga.
Entre autres expériences, Heather a réussi un jour à réserver la chapelle Sixtine pour une visite privée et, pour un autre groupe, à organiser un dîner dans la salle à manger des tsars, au Palais d’hiver de Saint-Petersbourg. Sa consoeur montréalaise, Mabel Alonzo, de Bravo Meeting Management Solutions, la division « incentive » de BTI Canada, était, elle aussi, à la recherche de produits d’exception. « Des choses qui feront tellement rêver le client qu’ils en parleront pendant plusieurs années », observait-elle.
Et les fournisseurs « d’expériences exceptionnelles » ne brillaient pas par leur absence à ce second Salon international du voyage de luxe. J’y ai, notamment, rencontré Karine Tricon, directrice commerciale de AGS Formule 1, une ancienne écurie de fond de grille du circuit de Formule 1. « Nous avons abandonné la compétition en 1991, mais nous continuons à produire des prototypes pour notre école de pilotage et nous faisons de la préparation de voitures pour les collectionneurs qui ont racheté d’anciens modèles de course et qui participent à des grands prix « historiques », comme celui de Monaco », explique-t-elle. Entre autres activités, AGS vend des prototypes à des millionnaires passionnés (une voiture de F-1 coûte environ 250 000 euros) et elle organise des journées d’initiation à la F-1 sur son circuit privé du Luc-en-Provence à 45 minutes au nord de Saint-Tropez. « L’essentiel de notre clientèle est composée d’amateurs qui rêvent de conduire un vrai bolide », dit-elle. « Souvent c’est leur épouse ou un groupe d’amis qui leur offre une journée d’initiation sur notre circuit. La matinée est consacrée à des leçons de conduite sur des Formule 3 et la véritable pratique de Formule 1 a lieu l’après-midi. Dans la ligne droite, la majorité atteint les 280 kilomètres/heure, mais la véritable expérience consiste à grimper de 100 à 200 kilomètres/heure en deux secondes. » Le forfait de la journée d’initiation coûte 1500 euros (2450 $ Can).

Une façon élégante de s’envoyer en l’air
Beaucoup moins cher que le vol en apesanteur proposé par le groupe Xero! Cette compagnie, qui exploite l’hôtel de Glace original, celui de Kiruna, dans le nord de la Suède (celui de Duchesnay, près de Québec est une franchise), exploite un Ilyouchine 76 racheté de l’agence spatiale russe. Cet appareil, qui servait à l’entraînement des cosmonautes soviétiques, effectue des vols paraboliques (c’est-à-dire qu’il grimpe brusquement en gagnant 3000 mètres d’altitude avant de piquer du nez aussi brusquement). La trajectoire permet de procurer aux passagers un état d’apesanteur d’une trentaine de secondes, à une quinzaine de reprises pendant le vol qui dure deux heures en tout. La cabine est capitonnée et aménagée spécialement pour ce genre d’exercice. Coût de l’expérience : 6500 euros (10 700 $ Can), incluant une nuit à l’hôtel de glace, un cocktail (glacé, naturellement) et les repas. Les premiers vols auront lieu en avril prochain avec, pour premiers clients (invités, ceux-là!), les membres de la famille royale suédoise. « L’avenir de l’industrie du voyage est dans l’espace », assure Walter Allvin, le jeune Suédois de 35 ans qui a eu l’idée de ces vols et qui, avec ses partenaires, exploite également MirCorp, l’agence qui propose des vols dans l’espace, avec séjours dans la station spatiale Mir. Jusqu’ici, ils n’ont eu qu’un seul client, le milliardaire américain Denis Tito, en 2000. Mais à 20 millions $ US du vol spatial, la commission est suffisante pour permettre au « premier T.O. de l’espace » de faire ses frais.


Pour qu'un journaliste couvre
un événement
CLIQUEZ ICI


www.expressvoyage.ca