par
André Désiront
Le
forfait le plus cher du monde est le voyage dans l’espace
proposé par le premier « T.O. de l’espace
», la compagnie suédoise MirCorp, en collaboration
avec l’agence spatiale russe. Initiation à la
formule 1, croisières en brise glace au pôle
nord, yachts pour les réunions intimes de 50 personnes,
îles privées… on trouvait de tout à
ce second International Luxury Travel Market, qui avait lieu
au Palais des festivals de Cannes, du 9 au 11 décembre
derniers. Et la quinzaine d’acheteurs venus du Québec
ou de l’Ontario, n’avaient aucune difficulté
à remplir leur panier de Noël.
Elles étaient toutes représentées au
ILTM, les chaînes, grandes ou petites, de l’hôtellerie
de grand luxe. Les plus connues comme Leading Hotels of the
World, Small Luxury Hotels of the World, The Charming Hotels,
Great Hotels of the World, Mandarin Oriental Group, sans oublier
les marques françaises comme Sofitel, Concorde, Relais
& Châteaux, Grandes Étapes Françaises…
Les plus confidentielles comme Six Senses Hotels Resorts &
Spas, One&Only Resorts, Baglioni, Jumeirah International…
Mais trouvez-moi un milliardaire qui se respecte qui veuille
encore descendre à l’hôtel, de nos jours!
« La tendance est aux villas », observe Francine
Prud’homme, directrice pour le Québec et Ottawa
de Attaché, l’agence de voyages des « happy
few » canadiens. Pourquoi, en effet, supporter la promiscuité
(on rencontre toutes sorte de monde, même des fonctionnaires
de Revenu Québec, dans les « cinq étoiles
»!), quand on peut se retrouver entre amis dans une
grande villa blottie loin des regards indiscrets, dans une
île privée. Juste avant de quitter Montréal,
Francine Prud’homme, venait de vendre un séjour
de deux semaines pendant le temps des fêtes, dans une
villa de Jumby Bay (une île privée voisine d’Antigua)
à des clients québécois pour la modeste
somme de 200 000 $ US. Lorsque je l’ai croisée
dans les allées du ILTM, elle quittait un fournisseur
représentant un lotissement de villas de la région
de Mombassa, au Kenya (une aubaine : 350 $ US par jour pour
deux chambres à coucher, avec une demi-douzaine de
domestiques!) et se dirigeait vers le stand de Sanctuary Lodges,
une organisation qui exploite des « refuges »
de grand luxe au Botswana.
À
propos de villas
Naturellement, Francine Prud’homme connaît bien
John Greer, le président de Unusual Villas and Island
Rentals, une société de Richmond en Virgine.
Même si le magazine Fortune classe son entreprise parmi
« les 25 meilleures compagnies de location de villas
du monde », John n’en fait pas tout un plat. Il
occupait un des stands les plus modestes et les plus discrets
du ILTM. Pourtant, ses produits comptent parmi les plus onéreux
de cette foire commerciale où le terme « bargain
» est un mot vulgaire. Sa propriété-vedette
est une villa de 11 chambres à Musha Cay, une île
privée de l’archipel des Exuma, aux Bahamas.
Elle est desservie par un personnel de 30 membres, ce qui
inclut l’équipe chargée de la sécurité
et les majordomes affectés à chaque chambre.
Les coûts de location – 340 000 $ US par semaine
– n’incluent pas l’avion (on atterrit à
Great Exuma, à 20 milles au sud de l’îlot,
en jet privé, ça fait meilleur genre) mais bien
le transfert avec un des huit bateaux affectés à
la propriété.
Conscient de la fragilité des marchés boursiers
et de la mauvaise tenue du dollar (« Le marché
américain n’est plus ce qu’il était,
mais heureusement, j’ai de bons clients en Europe, au
Mexique, à Toronto et à Montréal! »),
John me propose des propriétés plus modestes,
comme ce domaine de cinq acres, qui vaut 36 millions $, flanqué
d’une plage privée de 3000 pieds, à Plum
Bay, dans la partie néerlandaise de Saint-Martin. Elle
dispose de neuf chambres et se loue 90 000 $ US par semaine.
« La chambre des maîtres « fait »
1500 pieds carrés et le personnel de sécurité
est dirigé par un ancien des services secrets américains
», explique John Greer. « La table de la salle
à manger, une pièce façonnée par
un ébéniste florentin, mesure 30 pieds. »
Ils
veulent me mener en bateau
Je suis persuadé qu’elle aurait belle allure
dans la salle à manger du rafiot que me propose Timothy
R. B. Clark, le jeune patron de Yachting Partners Int., un
courtier de Brighton, dans le Sussex (avec succursale à
Antibes), qui commercialise en charters une flotte d’une
quarantaine de yachts de luxe, pour réunions intimes
(26 mètres) ou familles plus nombreuses (99 mètres).
Les modèles « médiums » qui conviendraient
parfaitement pour ma sauterie d’anniversaire (mon cercle
rapproché, une trentaine d’amis!) se loue entre
300 000 $ et 500 000 $US pour la semaine. Vu la cure d’amaigrissement
que les hoquets de l’économie viennent d’infliger
à mon portefeuille de REER, je préfère
délaisser le « sur mesure » pour le prêt-à-porter,
tel que me l’offre Bob Lepisto, vice-président
ventes et marketing de Seadream Yacht Club. Cette petite compagnie
de croisières « cinq étoiles » exploite
deux « tout inclus » flottants de 4300 tonneaux,
d’une capacité de 110 passagers. « Nous
sommes des hôtels boutiques maritimes », explique
Bob Lepisto, pendant une présentation donnée
dans un salon-terrasse du Noga Hilton, au profit d’une
soixantaine d’acheteurs triés sur le volet. Berlitz
classe le Seadream I et le Seadream II comme « deuxième
et troisième meilleurs navires de croisière
au monde », juste derrière l’Europa, de
la compagnie Europa Cruises. Les tarifs sont raisonnables
: entre 3000 $ et 8000 $ US pour une croisière d’une
semaine dans les Caraïbes (au tarif « réservez-tôt
») et entre 3500 $ et 10 000 $ en Méditerranée.
Près de la moitié des départs (45%) affrétés
par des compagnies spécialisées dans le voyage
de motivation.
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Karine
Tricon et son assistante devant le prototype de Formule
1 de l’écurie AGS, au ILTM. |
Francine
Prud’homme, de Voyages Attaché, à
Montréal, essaie le fauteuil-lit de la Première
classe d’Air France, exposé sous le chapiteau
de la Maison de la France, au ILTM. |
Des
expériences exceptionnelles
Car les spécialistes de « l’incentive »
sont venus en force à ce Salon international du voyage
de luxe. « Une bonne agence d’incentive doit être
en mesure de faire vivre à ses clients une expérience
exceptionnelle et, pour nous, un salon comme celui-ci est
une bénédiction, parce qu’il nous permet
de rencontrer plusieurs dizaines de fournisseurs de produits
exceptionnels, dans un court laps de temps », explique
Heather Douglas, acheteuse chez Maritz Canada, à Missisauga.
Entre autres expériences, Heather a réussi un
jour à réserver la chapelle Sixtine pour une
visite privée et, pour un autre groupe, à organiser
un dîner dans la salle à manger des tsars, au
Palais d’hiver de Saint-Petersbourg. Sa consoeur montréalaise,
Mabel Alonzo, de Bravo Meeting Management Solutions, la division
« incentive » de BTI Canada, était, elle
aussi, à la recherche de produits d’exception.
« Des choses qui feront tellement rêver le client
qu’ils en parleront pendant plusieurs années
», observait-elle.
Et les fournisseurs « d’expériences exceptionnelles
» ne brillaient pas par leur absence à ce second
Salon international du voyage de luxe. J’y ai, notamment,
rencontré Karine Tricon, directrice commerciale de
AGS Formule 1, une ancienne écurie de fond de grille
du circuit de Formule 1. « Nous avons abandonné
la compétition en 1991, mais nous continuons à
produire des prototypes pour notre école de pilotage
et nous faisons de la préparation de voitures pour
les collectionneurs qui ont racheté d’anciens
modèles de course et qui participent à des grands
prix « historiques », comme celui de Monaco »,
explique-t-elle. Entre autres activités, AGS vend des
prototypes à des millionnaires passionnés (une
voiture de F-1 coûte environ 250 000 euros) et elle
organise des journées d’initiation à la
F-1 sur son circuit privé du Luc-en-Provence à
45 minutes au nord de Saint-Tropez. « L’essentiel
de notre clientèle est composée d’amateurs
qui rêvent de conduire un vrai bolide », dit-elle.
« Souvent c’est leur épouse ou un groupe
d’amis qui leur offre une journée d’initiation
sur notre circuit. La matinée est consacrée
à des leçons de conduite sur des Formule 3 et
la véritable pratique de Formule 1 a lieu l’après-midi.
Dans la ligne droite, la majorité atteint les 280 kilomètres/heure,
mais la véritable expérience consiste à
grimper de 100 à 200 kilomètres/heure en deux
secondes. » Le forfait de la journée d’initiation
coûte 1500 euros (2450 $ Can).
Une
façon élégante de s’envoyer en
l’air
Beaucoup moins cher que le vol en apesanteur proposé
par le groupe Xero! Cette compagnie, qui exploite l’hôtel
de Glace original, celui de Kiruna, dans le nord de la Suède
(celui de Duchesnay, près de Québec est une
franchise), exploite un Ilyouchine 76 racheté de l’agence
spatiale russe. Cet appareil, qui servait à l’entraînement
des cosmonautes soviétiques, effectue des vols paraboliques
(c’est-à-dire qu’il grimpe brusquement
en gagnant 3000 mètres d’altitude avant de piquer
du nez aussi brusquement). La trajectoire permet de procurer
aux passagers un état d’apesanteur d’une
trentaine de secondes, à une quinzaine de reprises
pendant le vol qui dure deux heures en tout. La cabine est
capitonnée et aménagée spécialement
pour ce genre d’exercice. Coût de l’expérience
: 6500 euros (10 700 $ Can), incluant une nuit à l’hôtel
de glace, un cocktail (glacé, naturellement) et les
repas. Les premiers vols auront lieu en avril prochain avec,
pour premiers clients (invités, ceux-là!), les
membres de la famille royale suédoise. « L’avenir
de l’industrie du voyage est dans l’espace »,
assure Walter Allvin, le jeune Suédois de 35 ans qui
a eu l’idée de ces vols et qui, avec ses partenaires,
exploite également MirCorp, l’agence qui propose
des vols dans l’espace, avec séjours dans la
station spatiale Mir. Jusqu’ici, ils n’ont eu
qu’un seul client, le milliardaire américain
Denis Tito, en 2000. Mais à 20 millions $ US du vol
spatial, la commission est suffisante pour permettre au «
premier T.O. de l’espace » de faire ses frais.