magazine voyage

26 janvier 2004

Jean-Marc Eustache en entrevue à Express Voyage.ca :
Les acquisitions aux Etats-Unis et l’avenir
des agences de voyages
-par André Désiront
Jean-Marc Eustache, président du groupe Transat A.T
«Nous avons une telle foi dans le réseau des agents de voyages que nous avons racheté la chaîne Travel Plus, en Ontario et que nous mettons en œuvre tous les efforts voulus pour la développer», lance Jean-Marc Eustache, président et chef de la direction de Transat A.T.. «Il est évident que, dans quelques années, il y aura moins d’agences de voyages qu’aujourd’hui et que les agences qui ne se modernisent pas ou qui ne s’implantent pas dans un créneau porteur n’ont plus leur place. Mais le réseau de distribution traditionnel demeurera toujours le partenaire principal et incontournable des fournisseurs de l’industrie du voyage.» Dans la seconde partie de l’entrevue qu’il nous accordait mercredi dernier, le grand patron du groupe Transat nous parle de la percée prévue aux États-Unis, de la filiale française Look Voyage et des rapports avec le réseau de distribution. Vendredi, Jean-Marc Eustache nous parlait du redressement de Transat A.T. après les deux années de crise qui ont affecté l’industrie, du redéploiement des marques grossistes et des perspectives du tourisme au Canada. Aujourd’hui, il évoque les projets d’expansion aux États-Unis et en Ontario, le cas de Look Voyage en France et les rapports avec le réseau de distribution.


Express Voyage.ca : Allez-vous vous remettre en mode d’expansion, maintenant que votre groupe a retrouvé la santé financière?

Jean-Marc Eustache : Oui. Nous avons commencé à élaborer un plan de développement que nous mettrons à exécution dès 2005. Il s’articule autour de trois pôles géographiques : les Etats-Unis où nous voulons faire une percée; la France où nous sommes déjà présent; et l’Ontario, où nous voulons accroître notre part de marché. Elle se chiffre actuellement à approximativement 25% et nous voulons l’augmenter à 35%.

EV : Vous vous prépariez à faire l’acquisition d’un grossiste aux Etats-Unis, lorsque les attentats du 11 septembre sont venus remettre votre expansion en question. Vous avez mentionné récemment que vous alliez réactiver vos projets de ce côté. Avez-vous déjà ciblé un voyagiste précis?

JME : Non, car en deux ans, la situation a beaucoup évolué aux Etats-Unis. Les agences Internet ont pris beaucoup d’importance et elles ont provoqué une redistribution des cartes. Nous étudions donc la situation afin d’être en mesure de procéder à une acquisition en 2005. D’emblée, on peut dire que nous faisons face à quatre options. Acheter un T.O. généraliste du type «Vacances Air Transat»; acheter un grossiste spécialisé sur l’Europe ou une autre destination, comme il y en a tant de l’autre côté de la frontière; acheter un T.O. qui fait du développement et de la sous-traitance pour le compte des compagnies aériennes ou encore aller du côté des agences Internet. Il existe, là-bas des grands grossistes comme Certified ou Mark Travel Corp., qui opèrent les département des «tours» de grandes compagnies aériennes comme Delta, American Airlines, etc… L’agent de voyages ou le consommateur qui contacte le département des «tours» de Delta, par exemple, croît qu’il traite avec des employés du transporteur, mais ce n’est pas le cas. Celui-ci confie la partie «tour operating» en sous-traitance à des grandes boîtes spécialisées. Quant à Internet, des agences comme Expedia et Travelocity rachètent des grossistes pour se développer sur un mode intégré et c’est un modèle qui s’annonce prometteur. Nous n’avons pas encore décidé quel type de compagnie que nous achèterons. Nous préférons prendre notre temps pour bien évaluer la situation, avant de procéder.

EV : Et Look Voyage? Cette filiale perd de l’argent…

JME : En 2003, elle a essuyé une perte de 17 millions d’euros, soit l’équivalent de
27 millions$. La perte d’opérations s’est élevée à 13 millions d’euros et nous avons dépensé plus de 3 millions d’euros supplémentaires en frais de rationnalisation. Nous avions dit que Transat ne conserverait que ses compagnies rentables et se départiraient ou fermeraient les autres. Nous nous sommes départis de compagnies qui n’évoluaient pas dans notre champs d’activités principal. Nous avons fermé Americanada, qui faisait de la consolidation et perdait de l’argent. En France, nous avons vendu l’agence en ligne Aniway à Expedia. Elle gagnait de l’argent, mais elle vendait surtout des billets d’avions sur des vols réguliers, ce qui n’est pas notre créneau. Pour Look Voyage, nous nous sommes posés la question : faut-il la vendre, la fermer ou la relancer? Au terme d’une longue analyse, nous avons décidé de la redresser. Nous avons réinvesti 1 million $ dans la compagnie, changé l’équipe de direction et réévalué les produits. La moitié des produits que Look commercialisaient étaient des forfaits et l’autre moitié des vols secs. Nous avons décidé de remonter la part des forfaits à 80%. Et j’ai demandé à Philippe Sureau, de superviser le redéploiement du marketing et des ventes et à Lina de Cesare, dont c’est la spécialité, de revoir la partie produits et opérations. Nous prévoyons que Look perdra encore 7 millions d’euros en 2004, mais que l’entreprise sera rentable en 2005.

EV : Quel est le chiffre d’affaires de Look?

JME : Habituellement, ce voyagiste réalise un chiffre d’affaires de 240 millions d’euros. Cette année, nous projetons faire 220 millions d’euros, soit environ 350 millions $.

EV : Continuez-vous à croire dans le réseau des agents de voyages comme vecteur de distribution privilégié?

JME : Nous y croyons tellement que nous avons racheté le réseau Travel Plus, en Ontario et que nous mettons en œuvre tous les efforts voulus pour le développer. Ce n’est pas un hasard si j’ai demandé à mon partenaire de la première heure, Philippe Sureau de superviser notre activité «distribution». Nous venons d’engager John Kennedy, l’ancien patron de GIANTS pour développer ce réseau. Nous nous préparons à ouvrir des agences corporatives dans plusieurs grandes villes du Canada anglais, ceci afin de mieux ancrer notre réseau dans cette partie du pays. Et nous faisons de gros investissements dans le B2B pour travailler de façon plus efficace avec les agents de voyages. Nous voulons leur procurer les outils informatiques qui leur permettront de mieux communiquer avec nous, d’éliminer les échanges de paperasserie et de réduire les coûts de distribution. Il est évident que, dans quelques années, il y aura moins d’agences de voyages qu’aujourd’hui et que les agences qui ne se modernisent pas ou qui ne s’implantent pas dans un créneau porteur n’auront plus leur place. Mais le réseau de distribution traditionnel demeurera toujours le partenaire principal et incontournable des fournisseurs de l’industrie du voyage.


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