29 août
2003
L’ACTA
ET CSTAR EN DÉSACORD SUR L’AFFAIRE SARAH HALL |
-
par André Désiront -
 |
Marc-André
Charlebois, président d'ACTA-Canada |
La
proposition de règlement soumise par Lufthansa dans la
cause pilotée par Sarah Hall, cette agente de voyages
américaine qui avait logé un recours collectif
contre les compagnies aériennes aux États-Unis,
continue de faire des vagues au Canada. Pour Marc-André
Charlebois, président d’ACTA-Canada, l’entente
survenue entre les parties est optimale, à défaut
d’être idéale. « Elle permet aux agents
de voyages de tirer le meilleur parti possible d’une situation
difficile et compliquée », dit-il. Par contre,
Bruce Bishins, président de CSTAR et allié de
l’APAV, y voit rien moins qu’une façon de
sanctionner une iniquité.
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| Bruce
Bishins, président de CSTAR |
C’est
la publication, la semaine dernière, par la firme d’avocats
de la plaignante, Anderson, Daniel & Coxe, d’une liste
de réponses aux 20 principales questions soulevées
par la proposition de règlement, qui a relancé
le débat. Marc-André Charlebois estime que les
arguments développés par les avocats répondent
très bien aux objections et aux interrogations de la
communauté des agents de voyages. Ce qui lui vaut une
fois de plus d’être accusé de faire le jeu
des grandes agences au détriment des intérêts
des petits et moyens détaillants. En attendant, c’est
aujourd’hui, le 2 septembre, qu’un tribunal de Caroline-du-Nord
devra entériner ou rejeter la proposition de règlement
soumise par Lufthansa et acceptée par la plaignante.
Résumons les faits.
- En 1997, Sarah Hall, agent de voyages de Raleigh, en Caroline-du-Nord,
dépose un recours collectif contre les transporteurs
aériens actifs aux États-Unis. Elle les accuse
de s’être concertés pour plafonner, puis
supprimer graduellement les commissions. Or, la Loi antitrust
interdit toutes formes de collusion commerciale. Comme d’habitude,
la cause progresse à pas de tortue dans le labyrinthe
judiciaire américain.
- En 2003, Lufthansa, qui est une des compagnies poursuivies,
propose de négocier un règlement hors cours.
Les termes devront en être déterminés
par un comité de médiation constitué
par un aéropage d’experts.
- En juin dernier, les parties acceptent la proposition de
règlement qui prévoit, notamment, que les 20
000 agents de voyages américains qui ne détiennent
pas d’accords avec Lufthansa recevront une commission
de 9%, plafonnée à 30 $ par segment transatlantique
pour des billets en classe économique et à 100
$ pour des billets en classe Affaires ou en Première.
Et cela, pour les trois prochaines années.
- Des questions fusent de la communauté des agents
de voyages. L’entente est-elle vraiment intéressante?
Pourquoi pendant trois ans seulement? Pourquoi ne pas réinstaurer
un système de commissions?...
- La semaine dernière, la firme Anderson, Daniel &
Coxe, qui représente la plaignante, Sarah Hall, publie
une liste de réponses aux 20 questions les plus pertinentes.
Les avocats font notamment remarquer que l’entente est
beaucoup plus intéressante que celle survenue en 1997
dans la cause qui opposait l’ASTA et l’ARTA aux
principales compagnies US. Les 30 000 agents de voyages américains
avaient alors eu à se partager une somme de 86 millions
$, à titre de compensation pour les dommages subis.
Soit moins de 3000 $ par agence en moyenne. Les compagnies
impliquées représentaient plus de 80% du marché
américain. Lufhtansa ne représente que 1,3%
du marché et vend, en moyenne 1,8 million de segments
transatlantiques par an, aux États-Unis. Ce qui, à
30 $ du segment, donnerait près de 60 millions $ par
an, pendant trois ans. Si toutes les autres compagnies aériennes
sont forcées par les tribunaux de suivre l’exemple
de Lufthansa, les détaillants américains pourraient
bien avoir à se partager près de 4 milliards
par an au cours des trois prochaines années.
- Un économiste a évalué que l’abolition
des commissions a coûté jusqu’ici 16 milliards
$ aux agents de voyages. La compensation négociée
dans le cadre de l’entente Lufthansa/Sarah Hall ne comblera
donc pas le manque à gagner. Mais le même expert
fait observer que quatre compagnies – TWA, United Airlines,
US Airways et Air Canada – se sont déjà
placées sous le parapluie de la loi de protection contre
la faillite. « Des poursuites judiciaires menées
jusqu’au bout inciteront d’autres transporteurs
à en faire autant et, dans ce cas, les agents de voyages
ne récupéreront que « quelques sous dans
la piastre » », remarque Marc-André Charlebois,
d’ACTA-Canada. « C’est pourquoi je favorise
des solutions négociées. Elles ne sont peut-être
pas idéales, mais au moins, elles se traduisent par
des avantages palpables. »
- À la question « Pourquoi ne pas exiger un rétablissement
du régime des commissions qui prévalait avant
les plafonnements? », les avocats de Sarah Hall font
observer qu’il s’agit d’une cause plaidée
devant un tribunal. Or, un juge peut condamner des compagnies
aériennes poursuivies pour collusion à payer
des dommages et intérêts, mais pas les contraindre
à adopter (ou réinstaurer) des pratiques commerciales.
Tout ce qu’il peut faire, c’est lui enjoindre
de « cesser de conspirer ».
- Bruce Bishins, président de CSTAR fait, pour sa part,
valoir que l’arrangement se traduit par une iniquité.
Son argument? Le règlement négocié prévoit
que les agents de voyages américains recevront 30 $
de commission par segment transatlantique et rien sur les
autres segments de vols (les correspondances en Europe ou
vers des destinations asiatiques, par exemple). Or, dans d’autres
pays, les revendeurs de Luftansa sont bien mieux rémunérés.
En Allemagne, par exemple, les détaillants perçoivent
une commission de 9% sur tous les billets internationaux,
en classe économique, et de 7% sur les billets émis
en Première et en Affaires (5% sur les vols intérieurs
en Allemagne). Et ce, sans plafonnement! Pourquoi deux poids,
deux mesures?
- Un tribunal de Caroline-du-Sud décidera aujourd’hui,
le 2 septembre, si l’entente est valable. Si elle est
jugée valable, les autres transporteurs poursuivis
devraient, eux-aussi, chercher une règlement hors cours.
L’ACTA entend en profiter pour entamer des négociations
avec Air Canada et les transporteurs actifs au Canada. Du
côté de CSTAR et de l’APAV, on a déjà
amorcé des poursuites judiciaires.
Pour prendre connaissance des « 20 réponses à
20 questions » publiées par les avocats de Sarah
Hall, consultez le site www.acta.ca
et allez à la section « What’s new ».
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