magazine voyage


3 novembre 2003


JOURNAL DE "FAM-TRIP" 300 AGENTS SE RENCONTRENT À CUBA

- par André Désiront -

Guardalavaca : une destination cubaine en plein essor!

Guardalavaca est devenue une destination de premier plan, comme ont pu s’en rendre compte, à la fin d’octobre, quelque 300 agents de voyages invités par Nolitour Vacances et Vacances Air Transat à redécouvrir une station balnéaire qui s’est considérablement transformée depuis le début des années 1990. D’ailleurs, comme on le précise chez Vacances Air Transat, il ne faut plus dire « Guardalavaca » ou « Playa Pesquero », il faut maintenant dire « Holguin », parce que l’aéroport d’entrée de la région donne maintenant accès à quatre pôles hôteliers aménagés sur autant de plages situées le long d’un axe d’une trentaine de kilomètres de littoral. Une destination de qualité, donc, où la clientèle moins sédentaire a accès à un choix d’excursions hors du commun.

Les plages et les hôtels de Holguin

Vue de Holguin à partir
de la Colline de la Croix
« On ne dit plus Guardalavaca ou Playa Pesquero, il faut maintenant dire « Holguin » », recommande-t-on chez Vacances Air Transat. Le fait est que l’aéroport d’Holguin ne donne pas accès à une véritable station balnéaire, comme Varadero ou Punta Cana, mais à quatre plages qui sont devenus des pôles hôteliers distants de quelques kilomètres les uns des autres. Comme c’est le cas pour tout le littoral atlantique de Cuba (la côte nord de l’île), toutes ces plages disposent d’un sable blanc d’excellente qualité et sont protégées des humeurs de l’océan par une barrière de corail.

Tout a commencé voici une quinzaine d’années à Guardalava, une plage située à 54 kilomètres au nord de la troisième ville cubaine (Holguin compte environ 250 000 habitants). Nos grossistes y proposaient alors trois hôtels : le Atlantico, les Villas Turey et le Club Guardalavaca. Les deux premiers établissements, qu’aujourd’hui on qualifierait de « bas de gamme », ont été rénovés (le Atlantico en avait particulièrement besoin) et réunis au sein d’un même complexe classé « trois étoiles », qu’on a rebaptisé « Club Amigo Atlantico Guardalavaca ». Les pavillons qui formaient l’ancien « Villas Turey » constituent maintenant la section « bungalows » du complexe et Vacances Air Transat les commercialise en formule « Cameleon Le Club »,

ClubAmigoCameleon Bungalow
Restaurant du Club AmigoCameleon
Piscine du Club Amigo Cameleon

ce qui signifie, notamment, qu’on y bénéficie d’un service de concierge. Un peu en retrait, le Club Guardalavaca est devenu, après rénovations, le Club Amigo Guardalavaca Village dont les clients ont accès aux installations et à la plage du Club Amigo Atlantico. Un autre établissement de 500 chambres, qui sera classé « cinq étoiles » sera bientôt construit sur un petit escarpement dominant la plage principale, à quelques centaines de mètres du Club Amigo Atlantico.

Toutes les plages cubaines sont publiques, mais comme Guardalavaca est le centre nerveux, des quatre pôles hôteliers de la région de Holguin, c’est surtout cette plage qui longe le Club Amigo Atlantico que les Cubains en congé fréquentent pendant les fins de semaines. Le Brisas Guardalavaca, situé sur une autre plage à quelques minutes de marche, est plus isolé.

Encastrée dans une autre baie à cinq minutes de voiture, la Playa Esmeralda est moins longue (environ un kilomètre) que la plage principale. Mais elle l’est suffisamment pour que les clients des deux établissements qui se la partagent ne soient pas entassés les uns sur les autres: le Sol Rio de Luna & Mares

Vue aérienne du Sol Luna Mares
Sol Luna Mares, section Luna
Plage du Sol Luna Mares
Piscine du Sol Luna Mares
Restaurant du Sol Luna Mares

(qui est en fait un complexe composé de deux établissements voisins) et celle du

Piscine du Paradisus Rio de Oro
Paradisus Rio de Oro (le plus bel hôtel actuellement exploité dans la zone de Holguin . Il a arraché des murmures d’admiration aux 300 agents qui l’ont visité dans le cadre du « fam-trip » VAT/Nolitour). À noter qu’outre un accès à la plage Esmeralda, ils disposent de trois petites anses privées que les amateurs de solitude apprécieront certainement.

Le moins connu des quatre pôles hôteliers est la Playa Yuraganal, qui est située à égale distance (un peu moins d’une dizaine de kilomètres) de Playa Esmeralda (à l’Est) et Playa Pesquero (à l’Ouest).
Une des 3 plages du
Paradisus Rio de Oro
La plage – de sable blanc comme les autres – est couverte d’arbustes qui pourront servir de parasols aux baigneurs. À marée haute, seule une mince bande de quelques mètres de sable reste exposée au soleil. L’hôtel Occidental Grand Playa Turquesa, qui ouvre théoriquement ses portes cette semaine, devait être un Club Med, à l’origine. Pour des raisons qui n’ont pas été dévoilées (mais on présume que le Club, qui entend contrôler son produit de A à Z ne s’est pas entendu avec les autorités cubaines qui exigent un droit de regard sur la gestion de tous les projets hôteliers), le Club s’est retiré et l’établissement a été confié en gestion à la chaîne Occidental. Nous avons eu l’occasion de le visiter le 25 octobre et il nous a semblé prêt à accueillir les touristes, sauf peut-être en ce qui concerne les abords et le bar de la plage qui restaient à aménager lors de notre passage. Il faut également signaler que le restaurant asiatique (un des quatre restaurants « à la carte » du complexe) n’ouvrira probablement pas ses portes avant quelques mois. Merveilleusement paysagé et décoré, le complexe est immense : il s’étend sur 27 hectares. Il est construit sur plusieurs paliers de terrains et la piscine –spectaculaire – tombe en cascade sur sept étages dont deux réservés à la baignade. Un service continu de navettes électriques sera assuré à travers le complexe pour les gens qui ont de la difficulté à marcher ou ceux qui sont découragés par les distances. Vacances Air Transat le classera « quatre étoiles » pendant les mois de démarrage et il est question de le surclasser (« quatre et demi » ou « cinq étoiles »), lorsqu’il sera bien rodé. À noter que tous les restaurants sont à aires ouvertes, ce qui exclut l’air conditionné. Par contre, l’architecte les a conçus pour qu’ils soient aérés par les vents de la mer. On signalera encore des installations impressionnantes pour le mini-club destiné aux enfants. Les parents pourront y faire garder leur progéniture gratuitement par des animateurs qualifiés, pendant la journée.

En ce qui concerne Playa Pesquero, nous n’avons malheureusement eu l’occasion de visiter les lieux que la nuit, à l’occasion d’un souper d’Halloween organisé par Nolitour au SuperClubs Breezes Costa Verde. Une soirée qui a vu triompher Richard Doyon, de Club Voyages Orford, pour son déguisement de Rasta. Outre le Breezes, on y retrouve le LTI-Costa Verde Beach Resort et l’immense (944 chambres) Playa Pesquero. « Je viens dans la région depuis 1991 et elle s’est considérablement transformée depuis », observe Daniel Tessier, vice--président produits chez Nolitour. « C’était vraiment une destination de troisième choix, mais la qualité et l’ampleur des nouvelles installations en font maintenant une destination « vedette », au même titre que Cayo Coco. »
Signalons qu’en hiver, les Canadiens constituent environ 60% de la clientèle touristique de la région.

Excursions :
Une immersion dans le « Cuba profond »

L’électronique n’a pas encore pénétré dans le cabinet de consultation du dr Juan Luis Soto,

La Clinique du village du dr Juan Luis Soto à la Vega de Sama
médecin de famille à La Vega de Sama, un petit village de la campagne cubaine. Le médecin utilise une vieille balance à contrepoids datant des années cinquante, pour peser un nourrisson qui, malgré sa pâleur – il est manifestement albinos – semble en bonne santé. Le sol est en ciment, les murs ont désespérément soif de peinture et, de la table d’examen au bureau du praticien, le mobilier bancal n’aurait aucune chance de trouver preneur dans une de nos ventes de garage. Mais tout est d’une propreté irréprochable, malgré le manque criant de savon et de détergeant que les Cubains attribuent au blocus américain.

« Nous manquons de beaucoup de choses », dit le docteur Soto. « Nous avons ce qu’il faut pour vacciner les enfants contre la diphtérie, la rougeole et quelques autres maladies infantiles, mais nous manquons d’anti-inflammatoires, de médicaments contre la diarrhée, de vitamines… » Il m’emmène dans le bureau de l’infirmière, qui est aussi son épouse, Delsis, une jolie femme d’une trentaine d’années. Sur le mur, les tablettes qui servent d’armoire à pharmacie sont aux trois quart vides. Pour pallier à la pénurie, les Cubains ont développé leur industrie biopharmaceutique qui est devenu le troisième secteur en importance de l’activité économique, après le tourisme et l’agriculture. Ils exportent même certains types de médicaments et des vaccins dans le reste de l’Amérique latine. Mais ils ne peuvent pas tout produire. Alors, les médecins comme le dr Soto travaillent avec les moyens du bord. Dans le jardinet du petit dispensaire de campagne, lui et Delsis cultivent quelques plantes aux vertus médicinales qui serviront de complément thérapeutique.

Depuis six ans, Juan Luis et Delsis Soto sont responsables de la santé publique à La Vega de Sama et dans quelques hameaux des alentours : en tout, 136 familles, à peu près 600 personnes. Leur tâche ne consiste pas seulement à recevoir des patients en consultation. Ils doivent consacrer une bonne part de leur temps à la prévention, ce qui signifie qu’ils visitent régulièrement les maisons pour dispenser des conseils et s’assurer que les règles d’hygiène sont respectées. Les affichettes et les dessins qui tapissent les murs de la salle d’attente du petit dispensaire renseignent sur les maladies les plus répandues – la rage, l’hépatite B, les MTS – et recommandent l’usage du condom. C’est le système cubain. La prévention passe avant tout, les soins médicaux sont gratuits et les médicaments les plus courants aussi – quand ils sont disponibles!
Juan Luis Soto gagne 450 pesos par mois et son épouse perçoit un salaire d’un peu plus de 300 pesos. C’est plus qu’honorable, puisque le salaire mensuel moyen, à Cuba, évolue dans une fourchette comprise entre 150 et 300 pesos. Mais, sachant qu’il faut 20 pesos pour obtenir un dollar américain au marché noir, selon nos normes, il s’agit d’une rémunération dérisoire.

Mais nos normes et nos points de repère ne sont pas valables quand il s’agit de jauger les aléas de la vie quotidienne dans la plus grande île des Antilles. Juan Luis et Delsis Soto disposent d’un logement gratuit au second étage du dispensaire. Et la nourriture de base coûte trois fois rien.

L’alimentation de base, c’est aussi trois fois rien, comme nous aurons l’occasion de le constater à Guayacanes, un hameau d’une centaine d’habitants où nous arrivons en jeep, après un parcours sur une piste cabossée et détrempée qui tient davantage des montagnes russes que de la route de campagne!

L'École Osvaldo Socarras Martinez
à Guayacanes

Là, nous devions visiter l’école Osvaldo Socarras Martinez, une cahute de terre battue chaulée de blanc, où, comme dans toutes les écoles cubaines, un buste de José Marti, le héros de l’indépendance cubaine, nous accueille à l’entrée. Mais il est le seul à nous accueillir. L’inspecteur de la province est de passage et il interroge les élèves. Pas question de laisser entrer des touristes. Alors nous nous replions sur le magasin de ravitaillement. Les étagères qui couvrent le mur du fonds sont presque vides : quelques boîtes de cigares, des bouteilles d’huile, un sac de haricots noirs, une poche de riz, des crayons… Derrière le comptoir de bois, sur lequel trône une balance, officie Ernesto Ricardo, un homme émacié et timide d’une quarantaine d’années. Il nous explique comment le système fonctionne. Les prix sont dérisoires: un peso pour cinq livres de riz; 32 centimes pour une livre de haricots… L’ennui c’est que les victuailles sont rationnées : cinq livres de riz par mois et par famille; cinq livres de sucre par personne, un savon par mois par famille… La viande est quasiment inexistante : les femmes enceintes et les enfants de moins de sept ans ont droit à deux portions d’une demi livre par mois. Au moins, il y a du poulet de temps en temps, puisque chaque famille en élève (nous avons d’ailleurs failli en écraser à plusieurs reprises, avec nos jeep). Tous disposent d’un livret de ravitaillement où Ernesto consigne religieusement tous les achats.

Juste à côté de la boutique se dresse la salle communautaire où les habitants du village peuvent venir emprunter des livres et regarder des vidéos de huit heures du matin à minuit. Mis à part quelques volumes (Le journal de Che Guavara en Bolivie, par exemple), les livres ne ressemblent pas aux nôtres. Ils sont imprimés sur du papier de mauvaise qualité et ne sont pas reliés. Les titres sont variés : l’Île au trésor, de R.L. Stevenson, El principito (Le petit prince) de St-Exeupéry, de la poésie…

Densys Martinez, fermier indépendant

Une demie heure de crapahutage plus tard, nous arrivons chez Densys Martinez, un fermier indépendant qui exploite six hectares de terre, à une dizaine de kilomètres de la ville de Banès. Depuis les réformes agraires qui ont suivi les révolutions, les paysans ont le droit de posséder jusqu’à 67 hectares, à Cuba. Ils doivent cependant revendre une partie de la production à l’État, avant de pouvoir écouler le reste sur les marchés publics – le plus souvent par l’entremise de coopératives. Tout dépendant du type de culture. Dans le cas du tabac, c’est 80% de la production qui doit être revendue à l’État. Pour les topinambours et le maïs, c’est entre 45% et 50%, encore que cela varie selon les régions.

Densys Martinez, lui, élève des chèvres et des cochons qui courent en liberté dans la grande cour. Il possède deux superbes bœufs pour tirer sa charrue. Il cultive des tomates, des haricots, de la canne à sucre pour nourrir ses cochons et une partie de ses champs sont plantés de bananiers et de papayers. Deux maisons s’élèvent sur son petit domaine : la sienne qu’il nous fait visiter manifestement fier de la propreté impeccable des lieux et celle de son fils qui est son partenaire dans l’exploitation. Ces deux familles sont manifestement prospères. On nous offre des noix de coco et les cochons se disputent pour dévorer les copeaux qui tombent sur le sol, lorsque Densys décapite les fruits à la machette.

Cette plongée dans le « Cuba profond » n’est pas le résultat d’une lubie de journaliste. Elle s’effectue dans le cadre d’une excursion d’une journée proposée au coût de 74 $ US. Le périple s’effectue dans des jeep Susuki 4X4 qu’on conduit en se relayant. Elle est entrecoupée de baignades (deux arrêts au bord de la mer) et d’une pause dans un restaurant de campagne. C’est une des excursions les plus intéressantes qu’il nous ait été donné de faire dans le Sud. On en offre de semblables au départ de presque toutes les stations balnéaires. Dans l’arrière-pays de Guardalavaca, elles sont d’autant plus agréables que le paysage, semi-montagneux, est très beau et très accidenté. Le plus étonnant tient sans doute à l’ouverture des gens qu’on rencontre. Personne ne fait mystère des pénuries criantes et des difficultés de la vie. Naturellement, on les attribue, là-bas, au blocus américain et à la loi Helms-Burton. Mais les campagnes servent aussi de vitrine au régime qui est fier du système de santé – remarquable compte tenu du manque de moyens! – et du système d’éducation qu’il a réussi à mettre en place.


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