-par
André Désiront
Hier, nous recensions les principaux événements
survenus dans l’industrie en 2003. Aujourd’hui,
Express Voyage.ca décortique les tenants et aboutissants
des quatres principaux enjeux de 2004 pour les agences de
voyages : la lutte fratricide entre l’ACTA et l’APAV,
l’évolution du dossier des SRI, la révision
de la Loi sur les agents de voyages et l’état
des plaintes pour «conspiration» déposées
contre les grandes compagnies aériennes.
APAV
contre ACTA : la lutte fratricide
Beaucoup
d’agences québécoises ont choisi de faire
cavaliers seuls, lorsque l’ACTA a décidé
de centraliser les prises de décision à Ottawa,
se conformant ainsi aux recommandations du rapport Pickard
& Law. Depuis plus d’un an, les détaillants
de la Belle Province ont le choix entre deux associations
professionnelles : ACTA Canada et l’Association professionnelle
des agents de voyages du Québec, mieux connue par son
acronyme, l’APAV. Cette dernière se réclame
de «400 membres» environ, au Québec. C’est
déjà bien peu pour impressionner les gouvernements
qui sont habitués à des groupes de pression
représentant des milliers de membres ou des activités
économiques générant plusieurs milliards
de dollars. C’est beaucoup mieux que l’ACTA-Québec.
Mais les grands réseaux se rallient, l’un après
l’autre, à cette dernière association
: Uniglobe, Thomas Cook, Atrium, Sears… Consultour et
GIANTS laissent leurs membres libres de choisir, mais les
centrales ont opté pour l’ACTA. Une bonne raison
à cela : elles ont besoin de se faire entendre autant
au Canada anglais qu’au Québec. L’APAV
a contracté une alliance avec CSTAR, mais on accuse
ce groupe d’être l’affaire d’un seul
homme – Bruce Bishins – et du regroupement Avantage.
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| Bruce
Bishins, président de CSTAR |
Qui
se démène le plus pour les agents de voyages?
Manifestement, Bruce Bishins déplace beaucoup d’air.
Il attaque les fournisseurs – surtout les compagnies
aériennes – de front, alors que Marc-André
Charlebois, président de l’ACTA,préconise
la concertation et le compromis.
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Marc-André
Charlebois, président de l’ACTA |
On accuse ce dernier de faire le jeu des grandes agences et
des grands groupes qui ont tous trouvé des accommodements
avec les compagnies aériennes, dans l’affaire des
coupures de commission. Les «non alignés»,
c’est-à-dire les agences qui ne font partie d’aucune
des deux associations, soit la majorité, justifient leur
abstention en faisant valoir que ni l’ACTA, ni l’APAV
n’ont réellement du pouvoir. Ce qui est exact.
Ils prétendent qu’elles ne font rien pour défendre
les intérêts des agences, ce qui est faux. Mais
les dossiers défendus – révision de la loi
sur les agents de voyages, révision de la réglementation
fédérale concernant les SRI, fonds collectif,
etc… - sont tellement complexes et abscons, qu’on
a tendance à s’en désintéresser plutôt
que de s’infliger des migraines. Les agences ont-elles
le devoir de s’impliquer? Oui, car une agence qui ne s’implique
pas est semblable à un citoyen qui ne vote pas et qui,
après, s’étonne de se retrouver sous un
régime dictatorial. Faut-il choisir l’ACTA ou l’APAV?
La réponse à cette question est impossible à
donner, car cela dépend du point de vue où on
se place. Une chose est certaine : la situation est pourrie.
Les deux parties doivent se parler et trouver un terrain d’accommodement.
Les
SRI : une espèce menacée?
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En
juin, Air Canada offrait une «récompense»
de 9% aux agents de voyages qui réservaient des vols
intérieurs en ligne sur son site www.aircanada.com/agents
. La manœuvre est évidente : le transporteur entend
ainsi inciter les détaillants à abandonner progressivement
les systèmes de réservations informatisés.
Il peut être satisfait des résultats. Environ
15% de ses réservations sont enregistrées sur
ce site par des agents de voyages. En novembre, nouvelle alerte
: le gouvernement annonçait son intention de relever
les transporteurs de l’obligation d’adhérer
aux quatre SRI présents au Canada, sous prétexte
que les sites de réservation des transporteurs et les
sites Web de voyages seraient devenus des solutions de rechange
aux outils traditionnels. Le règlement actuellement
en vigueur avait été adopté en juin 1995.
Il imposait aux transporteurs qui détiennent une part
d’au moins 10% du marché national ou à
ceux qui possèdent des actions dans un SRI de participer
aux quatre SRI présents au Canada. Or, selon le projet
de modification, le développement d’Internet
a modifié le paysage de la distribution. Le Web fournirait
aux consommateurs, qui ont maintenant accès aux sites
de voyages et aux sites de réservations des compagnies
aériennes, une information suffisante pour qu’ils
soient en mesure de se faire une idée de l’éventail
de l’offre.
Or les opposants (dont les arguments sont surtout ceux de
l’association CSTAR, présidée par Bruce
Bishins) arguent que ce sont ne sont pas tous les consommateurs
qui ont accès à Internet et que rien ne garantit
que les compagnies aériennes continueront à
donner éternellement, comme le projet de modification
le présume, un accès à leurs sites de
réservations aux agents de voyages.
De plus, en donnant à Air Canada la possibilité
de traiter avec les SRI de son choix, le projet ouvre la porte
à une information incomplète, voire biaisée.
En favorisant un SRI, Air Canada peut inciter celui-ci à
la favoriser.
On avance encore que le projet de modification semble présumer
que même les agents de voyages sont en mesure de se
passer des SRI, grâce à Internet. Ce qui est
faux, puisque les SRI se sont toujours révélés
d’excellents outils de comparaison, notamment lorsqu’il
s’agit de bâtir des itinéraires complexes.
Ce qu’Internet ne permet pas, à moins de recherches
interminables. Si les agents de voyages en sont un jour réduit
à éplucher les sites Web des transporteurs pour
trouver les meilleurs horaires et les meilleurs tarifs pour
leurs clients, ils devront consacrer beaucoup plus de temps
à la recherche et imposer des frais de dossiers beaucoup
plus élevés aux consommateurs.
La
révision de la Loi sur les agents de voyages.
Les
fonds collectifs des grossistes ont été sévèrement
ponctionnés par une série de déconfitures,
en 2002, la principale étant celle de Canada Air Charter,
qui s’est soldée par une ponction de 2,5 millions
$ dans le fonds des grossistes et de 1,3 millions $ dans celui
des détaillants. Depuis décembre 2002, les T.O.
imposent des frais de 10 $ par forfait (et 7,50 $, dans le
cas des billets d’avion) aux voyageurs, l’objectif
étant d’éponger les factures que l’Office
de la protection du consommateur (OPC) leurs refilent périodiquement
pour renflouer le fonds.
 |
Bernard
Beauchamps,
président de l'ATOQ |
L’ATOQ (Association des tours opérateurs du Québec)
envisage de réduire cette contribution à 5 $
par forfait, à plus long terme. Il n’en reste
pas moins que la Loi sur les agents de voyages est obsolète,
mal pensée et mal gérée. Les difficultés
financières d’Air Canada ont mis en relief ses
côtés absurdes. Si le transporteur faisait faillite,
tous les agents de voyages seraient théoriquement obligés
de réalimenter le fonds collectif pour rembourser les
consommateurs lésés au Québec. Ce qui
les contraindraient à déclarer faillite illico.
De la même manière, il n’est pas normal
d’obliger les grossistes à éponger l’ardoise
laissée par un grossiste sur lequel ils n’avaient
aucun contrôle et sur lequel l’OPC n’exerçait
aucun contrôle. Dans le cas de Canada Air Charter, par
exemple, les médias ont largement fait état
du fait que l’office des transports du Canada n’avait
accordé aucun permis aux transporteurs affrétés
par ce grossiste. Bien plus : un porte-parole de l’OPC
a même reconnu que Canada Air Charter n’enfreignait
aucune disposition de la Loi sur les agents de voyages. En
fait, le grossiste allait à l’encontre de dispositions
de la loi canadienne, mais cela, l’OPC s’en lavait
les mains. L’Office a arrêté de s’en
laver les mains lorsqu’il a fallu rembourser et réorienter
les consommateurs. Mais ce sont les T.O. – ces mêmes
T.O. qui n’avaient pas droit au chapitre – qui
ont dû acquitter la facture. Et puis, naturellement,
les consommateurs qui doivent aujourd’hui débourser
des «frais de protection» parce que la Loi n’a
pas su les protéger efficacement comme elle était
censée le faire.
Plaintes contre les transporteurs : vers une issue en 2004?
En
juillet 2003, les agents de voyages ont cru entrevoir une
lueur d’espoir. Lufthansa, un des transporteurs visés
par le recours collectif piloté par Sarah Hall, cette
agent de voyages de Caroline du Nord qui allègue qu’ils
ont conspiré pour réduire, puis éliminer
les commissions des agents de voyages américains, proposait
un règlement hors cours. Ce qui revenait à admettre
implicitement que la poursuite avait de fortes chances d’aboutir.
Mais deux mois plus tard, un juge rejetait la plainte, qualifiant
les preuves avancées par Sarah Hall et les autres plaignants
de «peu convaincantes» et de «pure spéculation».
Selon lui, les compagnies aériennes avaient démontré
que le plafonnement et les coupures de commissions étaient
le résultat d'un comportement dicté par la compétitivité
et l'évolution des marchés. Les coupures étaient
justifiées par la situation financière de l'industrie
du transport aérien. Le magistrat avait qualifié
de «parfaitement légitime» le fait qu’une
compagnie aérienne se base sur ce qu'un concurrent
verse aux agents pour déterminer sa propre politique
de commissions. Sarah Hall a interjeté appel. Mais
ce premier jugement augurait bien mal pour les procédures
en recours collectif similaires déposées, en
Ontario, par CSTAR et ses membres, à l'encontre de
l’IATA et de 6 transporteurs aériens dont Air
Canada, et, au Québec, par Jacqueline Deslauriers,
de Voyages Montambault.
Bruce Bishins, président de CSTAR, observait néanmoins
que la cause n’était pas libellée de la
même manière. «Aux États-Unis, l’IATA
n’était pas mise en cause, alors qu’ici,
conjointement aux six transporteurs, nous poursuivons l’IATA
qui a fourni une plateforme de discussion aux compagnies aériennes»,
observait-il. «C’est dans le cadre de réunions
de l’IATA qu’elles se rencontrent et s’entendent
pour élaborer des politiques conjointes, bref qu’elles
«conspirent» au sens où la loi l’interdit.
Aux Etats-Unis, les agents de voyages n’ont aucun rapport
avec l’IATA. C’est l’ARC – la Airlines
Reporting Corporation – qui est l’équivalent
de notre BSP, qui les accrédite. D’autre part,
je vous ferai remarquer que les plaignants de la cause Sarah
Hall ont immédiatement déposé un appel.
Le juge américain a statué sur la forme et non
sur le fond de la plainte.»
CSTAR évalue notamment à 1,7 milliard $ le manque
à gagner des agences canadiennes qui vendent Air Canada.
Le transporteur a voulu se soustraire à la poursuite
en invoquant qu’il s’était placé
sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les
créanciers, en avril. Mais, en Ontario, le juge Farley
a estimé que ce n’était pas un motif valable.
Le 25 septembre dernier, il a rejeté la requête
d’Air Canada en ce sens et lui a ordonné de procéder
en ce qui concerne la catégorie de plaignants. CSTAR
devra, maintenant, prouver que les agents de voyages détenant
une accréditation IATA sont une catégorie de
plaignants admissibles au regard de la loi. Ensuite, ses avocats
devront plaider la cause proprement dite. «Nous estimons
que le juge se prononcera sur cette question au début
de 2004», déclarait Bruce Bishins. «S’il
tranche en notre faveur, il établira un calendrier,
mais à mon avis, cela ne devrait pas traîner
sur plus d’un an.»