magazine voyage

5 novembre 2003


UNE PREMIÈRE MONDIALE DANS EXPRESS VOYAGE:
C
HEZ FIDEL, DANS L’INTIMITÉ DE LA FAMILLE

Don Angel Castro, le père de Fidel, n’avait pas un sou vaillant quand il a débarqué à Santiago de Cuba, au début du XXe siècle. C’était un paysan de Galice, dur à la tâche et âpre au gain. Il a travaillé jour et nuit, à Santiago d’abord. Comme la terre n’était pas chère, il a rapidement économisé la somme qui lui a permis de se payer quelques hectares dans ce hameau de Biràn, situé sur la route qui, jadis, menait de Santiago à La Havane. Sa chance fût le déclenchement de la première guerre mondiale.
Un agriculteur laboure son
champs contigu au domaine
de la famille Castro
L’Europe, paralysée par le conflit, manquait de sucre et comme tous les propriétaires terriens de la plus grande île des Antilles qui avaient misé sur la canne-à-sucre, don Angel profita de la flambée des prix et s’enrichit rapidement. Il agrandit son domaine qui, à sa mort, s’étendait sur 10 000 hectares. Il employait 400 ouvriers agricoles, bref, c’était ce que nous appellerions un « grand propriétaire terrien » et ce que les Cubains désigneraient comme « un gros capitaliste ».

Le domaine a été nationalisé en 1963. Ce qui a incité la plus jeune sœur de Fidel, Juanita, qui n’était pas d’accord avec les idées révolutionnaires, à s’exiler à Miami où elle vit encore aujourd’hui. Elle s’est rendue célèbre, en 1975, lorsqu’elle a profité d’une visite de son frère au siège des Nations Unies à New York, pour organiser une grande manifestation contre sa venue.

Bientôt disponible aux visiteurs: des visites organisées du domaine

La maison de la famille Castro, à Biràn
Aujourd’hui, la route est désaffectée (elle a été remplacée par une autoroute qui passe à quelques kilomètres de là). Les terres ont été redistribuées, sauf le noyau du domaine où les autorités cubaines se sont employées à remettre les bâtiments dans le même état qu’à l’époque de la jeunesse de Fidel.
Les visiteurs sont accueillis dans l'hôtel qui appartenait à la famille Castro
Objectif : en faire un site d’excursion. Dès cet hiver, des circuits d’une journée au départ des plages de la région de Holguin ou de Santiago seront proposés, avec la finca Castro comme principal point d’attraction.

L’historien Antonio Lopez, qui a supervisé la remise en état des lieux, fait visiter le domaine.
Le salon de la maison construite pour Fidel Castro, sur le domaine familial
La grande demeure de bois est édifiée sur pilotis, ce qui assurait une circulation d’air protégeant des ravages de l’humidité et permet encore aujourd’hui d’entreposer une génératrice (la maison fût une des premières de la province à être électrifiée) et la première voiture familiale, une camionnette Ford de 1918 à 3 vitesses, qui a été retapée. Les parents couchaient dans une belle chambre perchée dans une tour où une fenestration abondante assurait une aération bienvenue sous ces latitudes.
La chambre des parents
de Fidel Castro
Au pied d’un lit de fer bien étroit pour des ébats passionnés, on a disposé le berceau où Fidel et ses frères et sœurs ont poussé leurs premiers braillements. En bas, on visite le salon, où trône un poste de télévision de 1950, la chambre que le chef de la révolution cubaine partageait avec ses frères Ramon et Raoul, la cuisine, les latrines, la grande salle à manger et le bureau aménagé dans une aile de la résidence, où les 400 employés du domaine venaient toucher leur paie, tous les samedis soirs.
Chambre et lit de Fidel Castro
Tout est dans le même état que dans les années quarante, à l’exception du bureau qui a été transformé en galerie de photos. Sur les clichés d’époque, on peut voir don Angel poser aux côtés de son épouse, Lina Ruz, une femme au visage asymétrique dévoré par de grands yeux noirs, née dans une famille d’immigrés des Canaries qui s’étaient installés dans la province de Pinar del Rio, à l’autre bout de l’île. Tous deux ont le visage fermé des paysans qui savent que la vie n’est pas une partie de plaisir. De toutes les photos - la maison et le domaine à différentes époques, des membres de la familles, seuls ou rassemblés –
La maison de la famille Castro

la plus intéressante est sans doute celle du jeune Fidel croqué pendant une partie de chasse, en compagnie de son chien, Napoléon, un pointer de belle race. Il a 17 ans, le regard rieur et ouvert de quelqu’un que les problèmes sociaux ne préoccupent pas encore et il émerge d’un bouquet de broussaille, un grand fusil à la main. C’était en 1943. Il était étudiant à Santiago, à 102 kilomètres de là, et il ne revenait que pendant les vacances. On visite encore l’hôtel qui servait d’étape aux voyageurs de commerce, le bar La Paloma, le magasin et, même l’« École mixte rurale no 15 » où enseignait une institutrice payée par le propriétaire terrien. Tous ces bâtiments appartenaient à Don Angel qui régnait en patriarche sur la communauté. Il avait également fait construire pour Fidel une résidence à un jet de pierre de la maison familiale, car il comptait bien le voir revenir s’installer à Biràn où, comme avocat, il pourrait s’occuper de défendre les intérêts de la famille. Le destin en a décidé autrement.

Le reporteur d'Express Voyage prend maintenant une pause bien méritée
 

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