Don
Angel Castro, le père de Fidel, n’avait pas un sou vaillant
quand il a débarqué à Santiago de Cuba, au début
du XXe siècle. C’était un paysan de Galice, dur à
la tâche et âpre au gain. Il a travaillé jour et nuit,
à Santiago d’abord. Comme la terre n’était pas
chère, il a rapidement économisé la somme qui lui
a permis de se payer quelques hectares dans ce hameau de Biràn,
situé sur la route qui, jadis, menait de Santiago à La Havane.
Sa chance fût le déclenchement de la première guerre
mondiale.
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Un
agriculteur laboure son
champs contigu au domaine
de la famille Castro |
L’Europe,
paralysée par le conflit, manquait de sucre et comme tous les propriétaires
terriens de la plus grande île des Antilles qui avaient misé
sur la canne-à-sucre, don Angel profita de la flambée des
prix et s’enrichit rapidement. Il agrandit son domaine qui, à
sa mort, s’étendait sur 10 000 hectares. Il
employait 400 ouvriers agricoles, bref, c’était ce que nous
appellerions un « grand propriétaire terrien » et ce
que les Cubains désigneraient comme « un gros capitaliste
».
Le
domaine a été nationalisé en 1963. Ce qui a incité
la plus jeune sœur de Fidel, Juanita, qui n’était pas
d’accord avec les idées révolutionnaires, à
s’exiler à Miami où elle vit encore aujourd’hui.
Elle s’est rendue célèbre, en 1975, lorsqu’elle
a profité d’une visite de son frère au siège
des Nations Unies à New York, pour organiser une grande manifestation
contre sa venue.
Bientôt disponible aux visiteurs: des visites organisées
du domaine
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La
maison de la famille Castro, à Biràn |
Aujourd’hui,
la route est désaffectée (elle a été remplacée
par une autoroute qui passe à quelques kilomètres de là).
Les terres ont été redistribuées, sauf le noyau du
domaine où les autorités cubaines se sont employées
à remettre les bâtiments dans le même état qu’à
l’époque de la jeunesse de Fidel.
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Les
visiteurs sont accueillis dans l'hôtel qui appartenait à
la famille Castro |
Objectif
: en faire un site d’excursion. Dès
cet hiver, des circuits d’une journée au départ des
plages de la région de Holguin ou de Santiago seront proposés,
avec la finca Castro comme principal point d’attraction.
L’historien
Antonio Lopez, qui a supervisé la remise en état des lieux,
fait visiter le domaine.
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Le
salon de la maison construite pour Fidel Castro, sur le domaine
familial |
La grande
demeure de bois est édifiée sur pilotis, ce qui assurait
une circulation d’air protégeant des ravages de l’humidité
et permet encore aujourd’hui d’entreposer une génératrice
(la maison fût une des premières de la province à
être électrifiée) et la première voiture familiale,
une camionnette Ford de 1918 à 3 vitesses, qui a été
retapée. Les parents couchaient dans une belle chambre perchée
dans une tour où une fenestration abondante assurait une aération
bienvenue sous ces latitudes.
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La
chambre des parents
de Fidel Castro |
Au pied d’un
lit de fer bien étroit pour des ébats passionnés,
on a disposé le berceau où Fidel et ses frères et
sœurs ont poussé leurs premiers braillements. En bas, on visite
le salon, où trône un poste de télévision de
1950, la chambre que le chef de la révolution cubaine partageait
avec ses frères Ramon et Raoul, la cuisine, les latrines, la grande
salle à manger et le bureau aménagé dans une aile
de la résidence, où les 400 employés du domaine venaient
toucher leur paie, tous les samedis soirs.
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Chambre
et lit de Fidel Castro |
Tout est
dans le même état que dans les années quarante, à
l’exception du bureau qui a été transformé
en galerie de photos. Sur les clichés d’époque, on
peut voir don Angel poser aux côtés de son épouse,
Lina Ruz, une femme au visage asymétrique dévoré
par de grands yeux noirs, née dans une famille d’immigrés
des Canaries qui s’étaient installés dans la province
de Pinar del Rio, à l’autre bout de l’île. Tous
deux ont le visage fermé des paysans qui savent que la vie n’est
pas une partie de plaisir. De toutes les photos - la maison et le domaine
à différentes époques, des membres de la familles,
seuls ou rassemblés –
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La
maison de la famille Castro |
la plus
intéressante est sans doute celle du jeune Fidel croqué
pendant une partie de chasse, en compagnie de son chien, Napoléon,
un pointer de belle race. Il
a 17 ans, le regard rieur et ouvert de quelqu’un que les problèmes
sociaux ne préoccupent pas encore et il émerge d’un
bouquet de broussaille, un grand fusil à la main. C’était
en 1943. Il était étudiant à Santiago, à
102 kilomètres de là, et il ne revenait que pendant les
vacances. On visite encore l’hôtel qui servait d’étape
aux voyageurs de commerce, le bar La Paloma, le magasin et, même
l’« École
mixte rurale no 15 » où enseignait
une institutrice payée par le propriétaire terrien. Tous
ces bâtiments appartenaient à Don Angel qui régnait
en patriarche sur la communauté. Il avait également fait
construire pour Fidel une résidence à un jet de pierre
de la maison familiale, car il comptait bien le voir revenir s’installer
à Biràn où, comme avocat, il pourrait s’occuper
de défendre les intérêts de la famille. Le destin
en a décidé autrement.
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Le
reporteur d'Express Voyage prend maintenant une pause bien méritée |
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